Google : des suggestions polémiques

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Google : des suggestions polémiques
Elles demandent au tribunal d'interdire à Google de mettre ou de conserver en mémoire informatisée des données à caractère personnel qui font apparaître les origines raciales ou ethniques.@ REUTERS
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Un médiateur est nommé pour régler le différend autour du mot "juif" associé à des personnalités.

Des personnalités affublées du mot "juif", des femmes célèbres associées au mot "nue" ou "prostituée"… Les suggestions de Google suscitent la controverse. La firme informatique comparaissait mercredi matin devant la justice française, assignée par des associations antiracistes qui demandent que le moteur de recherche ne puisse plus associer automatiquement le mot "juif" au nom de personnalités faisant l'objet de requêtes d'internautes.

Au terme de l'audience, un médiateur a été désigné pour tenter de régler le différend entre Google et des associations antiracistes. La médiation a été confiée à un ancien juge, Jean-Pierre Mattei, et son cadre sera confidentiel, a indiqué l'avocat de SOS Racisme. Une prochaine audience a été décidée au 27 juin à 10 heures. Europe1.fr fait le point sur les suggestions polémiques de ce moteur de recherche.

Comment ça marche ? Cette fonctionnalité part d'un principe simple : proposer à l'internaute, quand il entre une requête dans la barre de recherche Google, d'afficher sa recherche sur la foi notamment des requêtes faites par d'autres utilisateurs. Une expérience plus "intuitive" de la recherche comme le clamait le patron de Google, Larry Page. Par exemple, lorsque vous tapez "Brad Pitt" dans le moteur de recherche, il affiche automatiquement "filmographie" mais également le mot "nu".

Ces résultats qui, selon la firme informatique, sont "générés de manière totalement algorithmique" sur la base de "critères purement objectifs correspondant notamment aux requêtes préalablement saisies par les internautes". Cette agrégation automatique n'est donc, selon Google, que "le reflet de l'activité de recherche de tous les utilisateurs du moteur" et qu’il ne s’agit "aucunement d’un choix éditorial".

Voyant une suggestion "à sensation", les internautes seraient incités à cliquer dessus, renforçant ainsi la prédominance de cette expression dans l'algorithme de Google suggest.

Des suggestions objectives ou biaisées ? Certains spécialistes émettent l'hypothèse de suggestions "spammées", donc biaisées. Jean Véronis, professeur de linguistique et d'informatique, émet l'idée que les suggestions peuvent être "faussées par des individus ou des groupes organisées" puisqu'elles correspondent à "des titres de posts sur des forums", explique-t-il sur Slate.fr. Ce spécialiste énumère diverses techniques qui pourraient contourner les limites fixées par Google, comme l'utilisation de proxys ou programmes malveillants implantés à l'insu des utilisateurs.

Google suggest pourrait également être influencé par des "campagnes coordonnées". C'est le cas d'une célèbre marque roumaine, ROM qui avait lancé un site web sur lequel elle invitait les concitoyens à rentrer certains mots-clés afin de changer "l'image des Roumains" sur la Toile.

La vidéo de cette opération :

Sur la blogosphère, certains ont déjà essayé de modifier les suggestions Google. Un blogueur explique comment grâce à Amazon Mechanical Turk, une application qui combine des tâches programmées et l'intervention d'humains, il est possible de changer l'e-réputation d'une personne en suggérant massivement de nouveaux qualificatifs associés à son nom.

Comment Google intervient ? Si la doctrine de Google interdit toute intervention manuelle sur l'algorithme, la firme a de fait mis en place des filtres manuels quand il s'agit de "contenus pornographiques, violents ou incitant à la haine". Ils fonctionnent sur la base d'une liste d'exclusion de mots interdits. Un système qui n'est toutefois pas incontournable.

Pour améliorer les recherches, Google fait régulièrement des mises à jours des fameux algorithmes. La firme vient d'y intégrer un nouvel outil, baptisé "graphe du savoir" ("Knowledge Graph"). Cette technologie doit permettre de mieux répondre aux recherches des internautes par une meilleure association de mots-clés. Résultat, la firme informatique propose plusieurs contextes possibles à chaque recherche, afin de rapidement cibler ce que l’internaute recherche. 

Que réclament les plaignants ? Dans le cadre de l'affaire examinée mercredi à Paris, les quatre organisations demandent au tribunal d'interdire à Google "de mettre ou de conserver en mémoire informatisée, sans le consentement exprès des intéressés, des données à caractère personnel qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales ou ethniques". Elles veulent également interdire "d'associer le mot 'juif' aux patronymes des personnes physiques figurant dans les requêtes des internautes".