Ghetto Youth, des filles ultra-violentes

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Ghetto Youth, des filles ultra-violentes
@ MAXPPP
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ENQUETE - Arrêtées fin mars à Nice, ces ados ont plusieurs dizaines de délits à leur actif.

Elles ont moins de 16 ans, mais déclenchent de véritables tempêtes à Nice. Leur nom : les Ghetto Youth, une bande d’une dizaine d’adolescentes ultra-violentes originaire d'un des quartiers difficiles de la ville.

"On la jette au sol et on la frappe à coups de pieds"

Au total, elles ont commis vingt-cinq agressions en un mois et forment une bande uniquement composée de filles. Surnommées "les sauvageonnes" par les policiers, qui ont fini par les arrêter, ces ados n’ont aucun état d'âme. Pendant les interrogatoires, le commissaire Chaudet, patron de la Sécurité Urbaine, s'attendait à ce qu'elles minimisent leurs fautes. C’est le contraire qui s’est produit.

"C’était consternant de voir avec quelle spontanéité elles expliquent leurs actes, comme si ça n’était pas grave", a confié le commissaire à Europe 1. "Il suffit d’un mauvais regard ou d’un téléphone portable dont on a envie, et là on arrive autour de la fille, on la bouscule, on la jette au sol et on la frappe à coups de pieds dans la figure et dans le ventre", a-t-il poursuivi.

Aucun signe avant coureur

Mais le plus surprenant est que ces jeunes filles sont, dans la vie de tous les jours, des collégiennes comme les autres. C’est ce que constate Jean-Marie Bernard, responsable de l'équipe académique de sécurité. Depuis deux ans, avec ses partenaires, il multiplie les actions de prévention dans les collèges. Et selon lui, il n’y avait aucun signe avant coureur. Il s’agit, pour cette bande, de simple délinquance de quartier, qui s’inscrit en dehors des murs de l’école. Un constat qui ne l’empêche pas de travailler en amont pour essayer de prévenir cette délinquance.

Mais ces jeunes adolescentes possèdent des armes redoutables. La plus terrible est le téléphone portable, juge Jean-Marie Bernard. Elles filment leurs "exploits" et les diffusent aussitôt sur Internet, sans se poser de questions. "On a de plus en plus d’élèves qui s’amusent à tout filmer et à diffuser", constate le responsable de l'équipe académique de sécurité.

"Nous nous efforçons donc à axer notre prévention sur ces sujets là, en leur rappelant que c’est interdit, qu’elles n’ont pas le droit de diffuser des images de camarades et de professeurs", poursuit-il. Les policiers ont retrouvé certaines vidéos réalisées par les Ghetto Youth. Des images terribles sur lesquelles on voit trois ou quatre meneuses qui tabassent et les autres qui les incitent à frapper encore plus fort.

Impossible de sortir du gang

Cette bande de filles s’est formée en écho à un environnement particulièrement violent. Pour se protéger des garçons, mais aussi pour les imiter et pour se rassurer, elles se sont unies pour être plus fortes. Mais comme pour chaque groupe de ce type, c’est autour d’une meneuse que les filles gravitent. Gérard Baudoux est l'avocat de l'une d'entre elles. Il a constaté que le passage du groupe de copines au gang de filles se fait progressivement.

Et une fois prise au piège, il est quasiment impossible d'en sortir. "Quand telle ou telle dans le groupe envisage de faire quelque chose, il y a un phénomène de cliquet qui fait qu’on ne peut se désolidariser du groupe", analyse-t-il. "Le groupe devient une espèce de famille, de point d’ancrage, et ce à quoi il faut continuer d’appartenir sous peine de ne plus exister", conclut-il.

Ces jeunes ados, que rien n’effraie, narguaient les policiers sur le web en y laissant des messages du type : "arrêtes-moi si tu peux". C’est désormais chose faite. Mais les bandes comme les Ghetto Youth sont nombreuses.