Garde à vue : révolution pour les avocats et les policiers

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Garde à vue : révolution pour les avocats et les policiers
@ MAXPPP
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Les premiers assurent être prêts à faire face à la réforme. Les seconds ne décolèrent pas.

L’application immédiate de la réforme de la garde à vue, décidée vendredi par la Cour de cassation, satisfait les avocats qui seront désormais présents tout au long de la procédure. Du côté des policiers, c’est l’inquiétude qui domine. Deux réactions très contrastées.

"C'est l'euphorie ! ", a ainsi lancé sur Europe1 Maître Eolas, avocat blogueur. "On obtient enfin gain de cause, donc on laisse éclater notre joie," a poursuivi l'avocat devenu une référence sur internet.

"C’est très excitant"

"La première conséquence, c'est que toutes les gardes à vue en cours à 14h00 sont frappées de nullité", a-t-il expliqué. "On est un peu dans l'improvisation mais c'est très excitant de vivre ces moments-là", a ajouté Maître Eolas, qui estime que la France avait "un véritable retard" en la matière.

Au commissariat du 4e arrondissement de Paris, deux jeunes avocats ont débarqué en urgence vendredi après-midi. Ils sont aussi très heureux d'être parmi les premiers à expérimenter la nouvelle procédure : "c'est un moment très important pour moi en tant qu'avocat", a lancé l'un deux au micro d'Europe 1. "Depuis toujours, les avocats se mobilisent pour la garde à vue. Désormais, ils vont pouvoir participer pleinement à la défense pénale et non plus être réduit à faire du soutien psychologique", estime-t-il.

"Dans le brouillard"

Du côté des policiers, on déplore en revanche un manque de préparation : "on vous donne un texte le matin, qui fait quand même un certain nombre de pages et on vous dit ‘cet après-midi, vous le mettez en place’, sans avoir travaillé le texte, sans avoir formé les officiers de police judiciaire", s’est agacé sur Europe 1 Philippe Capon, secrétaire national d'Unsa Police.

Pour lui, "c’est comme si dans une usine, on amenait des nouvelles machines et à peine arrivées, on disait aux ouvriers ‘vous vous mettez dessus tout de suite, il faut qu’elles soient productives tout de suite avec un taux de productivité important’".

Une colère que Maître Eolas trouve légitime : "les policiers ne sont pas allergiques aux droits de l'Homme mais ils sont dans le brouillard complet", a estimé le magistrat. "Ils n'ont pas eu d'explications. Ils sont complètement perdus et ceux qui devraient leur donner des informations ne leur en donnent pas", a poursuivi le magistrat.

Initialement, la réforme devait être mise en vigueur le 1er juin. Mais la décision de la Cour de cassation dans une affaire concernant des étrangers en situation irrégulière a précipité son application.