Fronde anti-Hollande : comme un air de "Tea Party" ?

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Fronde anti-Hollande : comme un air de "Tea Party" ?
@ REUTERS
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LE POINT DE VUE DE - Selon Nicole Bacharan, la contestation a des points communs avec le mouvement radical américain. Mais…

Un président rejeté par une large partie de la population, par un mouvement éclaté mais qui prend de l’ampleur, surfant sur des thématiques allant des impôts à des questions de société comme le mariage gay... Cette situation ressemble aux Etats-Unis, où les Tea Party malmènent depuis des années Barack Oabama. Mais il pourrait tout aussi bien s'agir d'une description de la France, avec la fronde anti-Hollande actuelle et dont les incidents de lundi aux Champs-Elysées sont une nouvelle illustration. Cette ressemblance entre les Etats-Unis et la France annonce-t-elle l’émergence dans l’Hexagone d’un mouvement radical sur le modèle des Tea Party ? Nicole Bacharan, spécialiste des Etats-Unis, jointe par Europe1.fr, se refuse à répondre par la simple affirmative. Explications.

>>> Oui, il y a des points communs

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© Max PPP

• La cible. Il s’agit, selon Nicolas Bacharan, du principal point commun entre le mouvement américain du Tea Party et la contestation tous azimuts qui monte en France : "une ‘délégitimisation’ du pouvoir en place" qui met dans la ligne de mire le chef de l'Etat. "Il s’agit, dans les deux cas, de personnes qui n’acceptent pas le président en place. Ou qui ne l’acceptent plus", explique la spécialiste. "C’est un refus, ou en tout cas une protestation, contre le fait que le pouvoir est légitime pendant le temps où dure le mandat", poursuit-elle.

Les thématiques. Au-delà de cette figure présidentielle attaquée, les deux mouvements se rejoignent aussi sur les thématiques qu'ils défendent. Prenons en France l'exemple du mouvement anti-mariage gay : les références religieuses des protestataires y sont omniprésentes. Et ça, ça "ressemble vraiment aux Tea party", confirme Nicole Bacharan. "C’est très similaire, parce qu’on a affaire à des gens qui protestent contre la modernité, contre une certaine évolution de la société. Qui se sentent, avec leur mode de vie, leurs valeurs familiales, en danger, qui se sentent devenir minoritaires dans leur pays et qui voudraient remonter le temps", poursuit-elle.

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Autre cheval de bataille que l'on retrouve des deux côtés de l'Atlantique : la contestation fiscale. "La réalité n'est certes pas la même", prévient tout de même Nicole Bacharan. "Aux Etats-Unis, fondamentalement, à part pour une petite frange, Barack Obama a baissé les impôts, au moins pour les ménages et pour les entreprises", explique la politologue. "Néanmoins, avec l’idée que l’Etat impose de manière injuste de prendre dans la poche des travailleurs l’argent honnêtement gagné, il y a quelque chose de commun dans la contestation fiscale en France et aux Etats-Unis."

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© MaxPPP

La méthode. Sur le terrain, quel que soit le mouvement de protestation, il s'agit de marquer les esprits. Les "bonnets rouges" l'ont bien compris, qui, comme les Tea Party, exploitent des symboles visuels forts. "Les bonnets rouges bretons, ça fait bonnet révolutionnaire, ça fait révolte des paysans, ça fait révolte contre l’Etat. Aux Etats-Unis, c’étaient les fameux sachets de thé, en référence à la Tea Party de Boston de 1773, qui allait amener à la révolution et à l’indépendance des Etats-Unis. C’était un signal qui parle aux Américains comme les bonnets rouges parlent aux Français", explique Nicole Bacharan. "Quand un mouvement, même très disparate, trouve un symbole visible et qu’au fond tout le monde comprend instinctivement, c’est très efficace", assure-t-elle.

•  L'organisation. Enfin, dernier point commun, il s'agit, en France comme aux Etats-Unis, de mouvements très éclatés. En France, à chaque revendication correspond son groupe de protestataires avec un leader pas forcément identifiable. Aux Etats-Unis, les Tea Party tiennent plus de la nébuleuse que du parti politique. "Les Tea party ont des représentants à la Chambre, avec une trentaine d’élus qui s’en réclament, mais il s’agit en fait de groupes très différents, avec des revendications très différentes", décrypte Nicole Bacharan.

>>> Mais il y a aussi des différences fondamentales

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© Reuters

Obama est critiqué pour des raisons raciales. Si, dans les deux cas, c’est la personnalité du président qui cristallise toutes les rancœurs, les mouvements anti-Obama et anti-Hollande ont des racines différentes. "Aux Etats-Unis, la contestation envers Barack Obama s’est constituée sur des bases raciales. Le président américain a eu droit à un procès en légitimité sur sa race et même sur sa religion, puisque plusieurs personnes l’accusaient d’être musulman", explique Nicole Bacharan. "Alors que le procès qui est fait à François Hollande est un procès en incompétence", assène-t-elle.

•  En France, droite et gauche menacées. L'autre différence entre les deux mouvements est purement politique. Aux Etats-Unis, seul le Parti républicain souffre de la popularité nouvelle des Tea Party. Mais en France, la droite comme la gauche semblent finalement déstabilisées par la fronde actuelle anti-Hollande. "Aux Etats-Unis, les Tea Party sont des rebelles qui n’hésitent pas à faire perdre leur camp au profit de l’adversaire parce qu’ils trouvent que le représentant de leur camp n’est pas assez radical". Et ce sont les démocrates, pourtant au pouvoir, qui en profitent. Mais en France, si la droite risque bel et bien d'être débordée par la fronde, cela ne devrait pas profiter à la gauche. "On a vraiment le sentiment que François Hollande est lâché par son propre camp et que c’est de là que vient l’essentiel de ses difficultés", explique la spécialiste. Alors, si ni la droite ni la gauche ne profitent de la fronde, qui pourrait être le grand gagnant de la situation? "Beaucoup de contestataires pourraient rejoindre le Front national", conclut Nicole Bacharan.