Forsane Alizza : le point sur l'enquête

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Forsane Alizza : le point sur l'enquête
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Treize islamistes radicaux vont être mis en examen pour des faits de terrorisme.

Le groupe Forsane Alizza aurait bien projeté d’enlever Albert Lévy, un magistrat lyonnais, comme le révélait Europe 1 lundi matin. Le procureur de Paris l'a confirmé mardi lors d'une conférence de presse. Il a annoncé au passage que 13 membres du groupe des 17 islamistes radicaux, interpellés vendredi dernier, vont être présentés aux juges antiterroristes en vue d'une mise en examen pour "détention d'armes et association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste". Quatre autres membres ont été placés sous contrôle judiciaire. Europe1.fr fait le point sur cette affaire.

Le projet de rapt était-il avancé ? François Molins a relativisé le degré d'avancement d'un projet d'enlèvement d'un magistrat lyonnais, évoquant un "projet intellectuel" sans "tentative de commencement d'exécution". Néanmoins, "des recherches nominatives  comme des adresses, ou des numéros de téléphones ont été faites". Selon  le journal régional Le Progrès, l’un des suspects, Baroudi Bouzid, en proie à un vieux conflit avec Albert Lévy, aurait projeté de louer une villa pour enlever le magistrat et était même armé.

albert lévy 930

© Max PPP

Qui était visé ?  Albert Lévy, l'actuel vice-président du tribunal de grande instance de Lyon, avec son nom à consonances juives, était une des cibles. Décrit comme un magistrat atypique, controversée, en froid avec sa hiérarchie, Albert Lévy est clairement marqué à gauche politiquement. Délégué du syndicat de la magistrature (SM), il s'était mis en disponibilité en 2007 pour préparer les législatives à Lyon sous les couleurs des Verts. Il avait dû y renoncer faute de soutien du Parti socialiste. Ce magistrat a également travaillé dans le Var, où il fut chargé de la lutte contre l'affairisme toulonnais. Dans les années 90, il avait déjà subi des attaques antisémites. Albert Lévy serait depuis vendredi sous protection policière, selon les informations d'Europe 1. Le syndicat de la magistrature a exprimé mardi son soutien au juge Lévy en précisant qu'il refusait toute "récupération politique, dans le cadre de la campagne électorale, de cette affaire déjà instrumentalisée par le président-candidat", précise le communiqué.

Des personnalités qui "s'étaient prononcées publiquement ou sur Internet contre la communauté musulmane" étaient aussi ciblées. Selon le procureur, "un membre de la ligue de défense juive" était également visé.
 
Quel lien entre Albert Lévy et Forsane Alizza ? Albert Lévy avait instruit un dossier dans lequel, Baroudi Bouzid, un des hommes de Forsane Alizza, avait été condamné en juin 2010 à deux ans de prison dont un an ferme pour avoir "privé de soins" ses cinq enfants et les avoir empêchés d'aller à l'école, comme l'a confirmé mardi le procureur de Paris, François Molins. Baroudi Bouzid forçait sa femme, intégralement voilée, et ses cinq enfants à vivre reclus dans leur appartement de Givors, au sud de Lyon. Les enfants, qui voyaient rarement la lumière du jour, ont souffert de rachitisme et de graves carences en vitamines D. "On peut imaginer aisément qu'il s'agirait là d'un acte de vengeance de sa part. On s'offusque contre le fait que l'on commence à désigner des magistrats sous leurs patronymes, leurs origines ou la couleur de leur peau, leur religion réelle ou supposée. Ça fait totalement frémir", a déclaré mardi sur Europe 1, Me Alain Jakubovitch, l'avocat d'Albert Lévy.
 

mohamed achmalane 930

© Max PPP

Quel serait le rôle de Mohamed Achamlane ?  Le leader de Forsane Alizza, arrêté dans la région nantaise la semaine dernière, avait "un rôle moteur" dans l'animation de ce groupuscule, a détaillé le procureur de Paris. Les individus interpellés vendredi étaient "des référents locaux répartis sur plusieurs points du territoire, comme Paris, Lyon, Nantes, Marseille, Nice notamment" mais ils étaient "sous le contrôle de Mohamed Achamlane". L'organisation prônait la mise en place "d'un califat islamique en France, de la charia ainsi qu'une union pour une guerre civile", a-t-il ajouté.

De son côté, Mohamed Achamlane conteste "fermement tout projet d'enlèvement quel qu'il soit", a indiqué mardi son avocat nantais, Me Benoit Poquet, dans un communiqué. "L'enquête à venir permettra de démentir définitivement cette affirmation" d'un projet d'enlèvement, "laquelle participe à l'évidence à une volonté d'influencer l'opinion publique". 
 

procureur molins

© Reuters

Existe-t-il des preuves ?Les membres de l'organisation étaient sous surveillance depuis octobre 2011. Si le groupe Forsane Alizza avait bien été dissous par le ministère de l'Intérieur, l'enquête a révélé que ses membres se réunissaient physiquement et virtuellement "afin de déterminer d'actions à venir". "L'analyse des flux Internet a permis de révéler l'existence de réunions virtuelles entre les membres", ainsi que "des séances d'entraînement entrecoupées de cris religieux dans des parcs publics et des forêts de la région parisienne", a précisé le procureur de Paris. Une vidéo postée le 20 décembre 2012, intitulée "Face à l'humiliation", contenait des morceaux d'un discours d'Oussama Ben Laden, l'ancien chef d'Al-Qaïda, tué le 2 mai 2011 au Pakistan. 

Les enquêteurs ont également découvert un communiqué, posté sur Internet, qui exigeait "un pacte de non-agression envers la communauté musulmane impliquant le retrait des troupes françaises des pays à majorité musulmane et ce, sans condition, ni délai" sans quoi l'organisation considérerait que "le gouvernement est entré en guerre" contre les musulmans, a précisé le procureur. Enfin, après le gel de leurs avoirs qui est intervenu le 2 mars 2012, les enquêteurs ont remarqué "une plus grande recherche de confidentialité" des individus.

Des armes ? Le coup de filet réalisé la semaine dernière a permis de saisir une vingtaine d'armes certaines de guerre, d'autres de chasse. Il s'agit notamment de kalachnikov "temporairement neutralisées" mais qui pouvaient être utilisées en ôtant "un dispositif", explique François Molins.       

Y'a-t-il un lien avec l'affaire Merah ?L'enquête préliminaire menée par le Renseignement a démarré près de cinq mois avant les tueries perpétrées par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban. "C'était le 28 octobre 2011", précise François Molins ajoutant que les membres de Forsane Alizza et les frères Merah "ne se sont jamais rencontrés".