Fin de vie : un sujet qui touche Hollande

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Fin de vie : un sujet qui touche Hollande
@ REUTERS
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Quelques heures de printemps sort mercredi en salles. Le président a tenu à voir ce film.

"Dans chaque quinquennat et chaque septennat, il y a une grande idée qui doit émerger. Il y a eu l’IVG avec Valéry Giscard d’Estaing, il y a eu l’abolition de la peine de mort avec le président Mitterrand, je pense que la fin de vie est une grande idée pour le quinquennat de François Hollande". L’acteur Vincent Lindon était l’invité du JT de France 2, dimanche soir, pour faire la promotion de Quelques heures de printemps, en salles, mercredi. Le film aborde la question du choix de "mourir dans la dignité", à travers l'histoire d’une femme, atteinte d’un cancer incurable qui décide de partir en Suisse pour y abréger ses souffrances. Car là-bas, le suicide assisté est tout à fait légal.

Découvrez la bande-annonce du film :







Dans quelle mesure un film peut-il influer sur une décision politique ? Après avoir confié, le 16 juillet, une mission sur la fin de vie au professeur Sicard, François Hollande a demandé à voir, en avant-première, le film Quelques heures de printemps, de Stéphane Brizé. "Il en a entendu parler et tout de suite, ça l’a intéressé", a confié Vincent Lindon, dimanche soir.

"Interpellé sur la manière dont ça se passe"

La projection a été organisée, il y a trois semaines, à l’Elysée. Toute l’équipe du film a été conviée, un dimanche après-midi, rue du Faubourg-Saint-Honoré. A la fin de Quelques heures de printemps, François Hollande a semblé captivé par les questions posées par le film. "J’ai été très étonné parce que généralement, la première chose que l’on fait quand on sort du cinéma, c’est de checker ses SMS ou ses mails. François Hollande n’a pas sorti une seule fois son portable, ni pendant la projection, ni après (…) Le président a parlé une heure et demie avec nous", s’est enthousiasmé Vincent Lindon, sur France 2. "François Hollande a été touché par le film mais surtout, il a été extrêmement interpellé sur la manière dont ça se passe", raconte, lui aussi, le réalisateur du film, Stéphane Brize.

Hollande a engagé le débat en juillet

Après le mariage homosexuel, la question de la fin de vie pourrait être le deuxième gros chantier sociétal de la présidence Hollande. Sans jamais prononcer le mot "euthanasie", François Hollande semble prêt à faire évoluer la législation. Pendant la campagne, le candidat socialiste avait proposé que “toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité”.

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© CAPTURE ECRAN I TELE

Le 17 juillet, c’est cette fois le président Hollande qui posait la question de dépasser la loi Leonetti de 2005. Le texte, actuellement en vigueur, permet de prévenir l'acharnement thérapeutique sans permettre de déclencher un geste médical pour provoquer la mort. Rendant hommage à cette loi, François Hollande s’était demandé s'il n'était pas temps d'"aller plus loin dans des cas exceptionnels, quand la douleur est irréversible et appelle un acte médical assumé".

"Poser cette question, c'est poser une perspective qui elle-même entraîne un débat", avait estimé le président, annonçant le même jour la création d’une mission sur la fin de vie, présidée par le professeur Sicard. Ce rapport, dont les conclusions sont attendues en décembre, pourrait préconiser d’autoriser l’euthanasie active, c’est à dire le droit pour un médecin d’injecter un produit mortel chez un patient atteint d’une maladie incurable qui demanderait à mourir.

Déjà Indigènes en 2006

En attendant le rapport Sicard, François Hollande a tenu à voir Quelques heures de printemps, avec des personnalités qui s’intéressent de très près au sujet de la fin de vie. Car la projection s’est déroulée en présence de la ministre chargée des Personnes âgées, Michèle Delaunay et des membres de la mission Sicard. Un signe que le film peut "nourrir" la réflexion actuelle engagée par le chef de l’Etat.

djamal debbouze

© REUTERS

Un autre film a, en son temps, pu influer sur une décision politique. Avec Indigènes, en 2006, le comédien Jamel Debbouze et le réalisateur Rachid Bouchareb réussissent à sensibiliser le président Chirac sur le sort des anciens combattants des ex-colonies françaises qui se sont battus pour la France. Là ou le Conseil d’Etat a échoué pendant des années. Après la projection privée du film à l’Elysée, Bernadette Chirac avait lancé à son mari : "Jacques, il faut faire quelque chose !" Le jour de la sortie du film en salles, la ministre de la Défense de l’époque, Michèle Alliot-Marie, annonçait, conformément au souhait de Jacques Chirac, l’égalisation des pensions entre anciens combattants français et étrangers.