Fin de vie : Marie Humbert est "déçue"
Marie Humbert revient sur la proposition de loi sur la légalisation de l'euthanasie.

INTERVIEW E1 - Pour cette mère, qui a mis fin à la vie de son fils, le rapport Sicard est insuffisant.

Figure de proue du combat pour la légalisation de l'euthanasie, Marie Humbert s'est dite "énormément déçue" par le rapport Sicard sur la fin de vie, remis mardi et dont Europe 1 a dévoilé les principales conclusions. Ce document soulève l'hypothèse du "suicide assisté" et défend le maintien de la loi Leonetti sur la fin de vie, mais refuse l'euthanasie active, c'est-à-dire la possibilité pour un médecin d'injecter un produit à un malade dans l'intention de provoquer sa mort.

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"Honnêtement, j'attendais beaucoup du nouveau gouvernement", rappelle Marie Humbert, invitée sur Europe 1 mardi matin. François Hollande avait en effet fait figurer le droit de "bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité" parmi ses 60 promesses de campagne. "Toutes mes illusions sont encore parties et je me dis qu'il va encore falloir que j'attende cinq ans", regrette aujourd'hui Marie Humbert.

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La piste du suicide assisté "un peu stupide"

En 2003, cette mère injectait une dose mortelle de pentorbarbital de sodium à son fils Vincent, avec l'aide du docteur Chaussoy. Le jeune homme, devenu aveugle, muet et tétraplégique après un accident de voiture, avait lui-même écrit au président de la République pour lui "demander le droit de mourir." Mis en examen, Marie Humbert et le docteur Chaussoy ont bénéficié d'un non-lieu. Depuis, la mère de Vincent milite pour une loi autorisant l'euthanasie au sein de l'association "Faut qu'on s'active".

La piste du "suicide assisté", évoquée par le rapport Sicard, est "un petit peu stupide", a-t-elle estimé. Dans ce cas, le médecin n’injecte pas un poison c’est le patient qui absorbe lui-même une potion mortelle. "Ce que je voudrais, ce que voudrait l'association, c'est pouvoir justement aider ceux qui ne peuvent pas le faire."

"Personne n'est au courant" de la loi Léonetti

Quant à la loi Leonetti de 2005, qui autorise l'arrêt des traitements qui paraissent "inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie", Marie Humbert la juge insuffisante. "Personne n'est au courant de cette loi", a-t-elle souligné. Un constat partagé par le rapport Sicard qui recommande une meilleure formation des médecins. Pour Jean Leonetti, cette loi, "récente", n'a pas encore suffisamment "imprégné le corps médical". "Les médecins sont encore beaucoup plus formés à guérir et à sauver qu'à soulager et à accompagner", a souligné le député des Alpes-Maritimes sur Europe 1.

Obtenir l'aval d'un collège de médecins nécessite, de plus, "un, deux, trois mois", regrette Marie Humbert. "Conclusion : la personne décède dans des souffrances, comme avant." Enfin, dans le cas de son fils, cette loi n'aurait servi "à rien du tout" puisque l'arrêt des traitements n'aurait pas suffi à faire mourir Vincent.

Neuf ans après la disparition de son fils, Marie Humbert confie qu'elle n'est "absolument pas" apaisée. Pour elle, le combat continue : "Je suis toujours en relation avec beaucoup de mamans et malheureusement, il y en a encore beaucoup qui, comme moi, sont obligées de mettre fin à la vie de leurs enfants mais en douce, avec des médecins sympas qui les aident", assure-t-elle. "Et croyez-moi, c'est un secret que ces mamans doivent garder pour elles-mêmes et qui est très difficile à supporter."