"Faire l’expérience du silence"

  • A
  • A
"Faire l’expérience du silence"
@ MAXPPP
Partagez sur :

Témoignage - Sylvain Tesson, 38 ans, revient d’un séjour de six mois au fin fond de la Sibérie.

De la vodka, des pâtes et du Tabasco. Pendant six mois, Sylvain Tesson est parti dans l’un des endroits les plus reculés au monde. Emportant avec lui des caisses de vivres et des livres, il s’est installé dans une cabane, au fin fond de la taïga sibérienne, sur les bords du lac Baïkal.

Comme une envie de partir à la campagne

L’écrivain aventurier était en quête de solitude. "Avant 40 ans, je voulais faire l’expérience de silence, d’espace et de solitude, qui sont les produits de luxe de demain", raconte-t-il sur Europe 1. "C’est un peu une déclinaison radicale de l’envie de partir à la campagne", plaisante-t-il.

Sylvain Tesson, fils de Philippe Tesson, est rentré il y a un mois et demi. Il se réhabitue doucement à la vie moderne. "On a beaucoup de mal à partir de la cabane quand on a passé six mois là-bas. Et comme j’y étais allé pour essayer d’oublier le rythme effréné de la vie ici, c’est difficile d’y replonger", confie l’aventurier.

"J’ai laissé une partie de mon cœur en Sibérie" :

Pendant ce long séjour, l’écrivain s’est littéralement coupé de la civilisation. "J’avais juste de quoi envoyer des mails pour dire que j’allais bien, mais je n’avais aucun moyen d’en recevoir", explique-t-il. "Le seul moment où j’ai eu des nouvelles, c’est quand un Anglais, qui passait en bateau, m’a envoyé un Herald tribune. J’ai ouvert le journal, mais j’ai lu de telles horreurs que je me suis dis "je vais rester encore quelques mois"".

"On finit sur un lit de mégots"

Pour ne pas se perdre dans cet espace hors du temps, Sylvain Tesson s’est imposé une discipline au cours de ces six mois d’isolement. "Il faut se lever le matin et couper sa journée en différentes tranches, sinon on finit sur un lit de mégots, de boîtes de conserves de hareng et de bouteilles de vodka", ironise-t-il.

L’aventurier a occupé ces longs mois par la lecture et la réflexion. "La solitude a été fertile pour moi. C’est le meilleur compagnon de celui qui veut écrire" confie-t-il, avouant, tout de même, quelques moments d’angoisse. "A un moment, il a neigé pendant 10 jours sans interruption. Et là, vous êtes dans votre cabane avec vos livres et vous êtes plongé dans une impression de néant", se souvient Sylvain Tesson. Au terme de son voyage, l’écrivain semble avoir atteint son but. "J’ai demandé à l’immobilité ce que le voyage ne m’apporte plus, c’est-à-dire la paix intérieure".