Étudiante sans le sou cherche homme plein aux as

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Étudiante sans le sou cherche homme plein aux as
@ Capture d'écran
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POLÉMIQUE EN VUE - Un site américain pour "sugar babies" débarque en France. De la prostitution ?

Arrangements entre personnes consentantes. Pas la peine de noyer le poisson. Sur internet, plusieurs sites proposent de mettre en relation des jeunes femmes à court d’argent (les "sugar babies") avec des hommes, souvent plus âgés (les "sugar daddies"), qui s’engagent à les entretenir. En échange de cet argent et de cadeaux, les sugar babies proposent sorties, discussions, et sans le dire, des relations sexuelles. SeekingArrangement.com, le leader américain sur ce marché, a lancé sa version française début février. Il y a déjà des candidates et une association féministe monte au créneau.

Officiellement, selon Seeking Arrangement, il s’agit de mettre en relation "ceux qui recherchent des relations mutuellement avantageuses". Le site pousse l’hypocrisie jusqu’à faire un parallèle avec des relations amoureuses plus classiques : "Toutes les relations réussies le sont au bénéfice des deux personnes".

Seeking Arrangement

© Capture d'écran

"J’ai besoin d’argent". Seeking Arrangement, qui a lancé sa version française début février, recense au moins 1600 "sugar babies" en région parisienne. Ce sont souvent des jeunes femmes étudiantes, ou tout juste arrivées sur le dur marché du travail. "C'est tout bête : j'ai besoin d'argent pour financer mes études, qui sont longues (doctorat en cours)", écrit l’une d’elle.

L’inscription sur le site ressemble à s’y méprendre à n’importe quel autre site de rencontres : âge, description physique, etc. A quelques détails près. Les jeunes femmes doivent aussi préciser quel type d’arrangements elles proposent et quel train de vie elles entendent mener : entre "négociable" et "élevé" (plus de 7.000 euros par mois). "Pourquoi les hommes et femmes modernes ne peuvent pas juste être honnêtes à propos de ce que nous voulons et de ce que nous avons à offrir ?", se justifie le site.

De la "prostitution déguisée". Pour Seeking Arrangement, qui se définit comme un site de rencontres, il n’est pas question de proposer des relations sexuelles en échange de cadeaux et d’argent. D’ailleurs, peut-on y lire, "nous INTERDISONS (sic) à qui que ce soit de faire la promotion d'activités illégales (comme la prostitution)" . Seeking Arrangement demande gentiment aux escorts girls de ne pas s’inscrire sur le site.

Qu’en est-il en réalité ? Les Dernières nouvelles d'Alsace ont rencontré l'une d'entre elles. Selon Caroline, 24 ans et étudiante en management international, si les hommes fortunés de Seeking Arrangement "voulaient s’attacher les services de prostituées, ils pourraient se mettre en relation avec des sociétés d’escort-girls qui proposent d’ailleurs des tarifs inférieurs aux miens". Cécile, une "sugar baby" française contactée par Le Monde, abonde : "Ce n’est pas systématique". "Certains hommes recherchent simplement de la compagnie, veulent s’amuser avec quelqu’un d’agréable physiquement et avec lequel ils peuvent discuter", raconte-t-elle.

Mais la formulation de certaines annonces laisse entendre que la question est récurrente : "Je recherche quelqu'un qui pourrait m'aider financièrement. En contrepartie, je suis ouverte à tout type de sorties mais je n'accepte aucune relation sexuelle", écrit une jeune femme inscrite sur le site.

Le législateur appelé à la rescousse. Le site se défend en arguant ne pas connaître le contenu des conversations privées entre "sugar babies" et "sugar daddies". Mais pour l’association Osez le féminisme, il ne s’agit rien de moins que de "prostitution déguisée". "Seeking arrangement profite de la misère économique d’étudiantes. Ce site enveloppe dans un beau papier-cadeau une violence faite aux femmes", s'indigne Anne-Cécile Mailfert, porte-parole de l'association. 

L'association en appelle aux députés. "À l’occasion du vote de la loi sur la pénalisation de l’achat d’actes sexuels, nous espérons que les parlementaires aborderont les sites internet", conclut Anne-Cécile Mailfert.