Et si Strasbourg perdait le Parlement européen ?

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Et si Strasbourg perdait le Parlement européen ?
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LE POINT DE VUE DE - Daniel Cohn-Bendit, eurodéputé et coprésident du groupe écologiste, n'y verrait pas que des inconvénients.

LE CONTEXTE. C’est un serpent de mer qui resurgit régulièrement : pourquoi maintenir le Parlement européen à Strasbourg alors que toutes les autres principales institutions communautaires sont à Bruxelles, en Belgique ? Si un tel déménagement paraît logique d’un point de vue comptable, il l’est beaucoup moins pour les Strasbourgeois : ces derniers redoutent de perdre une institution qui attire des travailleurs qualifiés et des rentrées financières.

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, a donc créé en juillet 2013 une "task force" réunissant plusieurs personnalités pour maintenir le Parlement en France. Ce collectif se réunit une nouvelle fois mercredi à 20h45 et reçoit le ministre français des Affaires européennes, Thierry Repentin.

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>>> Mais un tel déménagement est-il vraiment d’actualité ? Europe1.fr a posé la question à Daniel Cohn-Bendit, eurodéputé, coprésident du groupe écologiste et chroniqueur pour Europe 1.
 

Déménager le Parlement européen de Strasbourg vers Bruxelles, est-ce une bonne idée ?
"Il faut quand même que les gens sachent qu’une session à Strasbourg, c’est déménager plusieurs milliers de personnes pour quatre jours par mois, tous les mois pendant onze mois de l’année. C’est donc vrai que le siège unique Parlement, Commission et Conseil à Bruxelles, cela fait sens. Mais il ne faut pas affoler les foules : Strasbourg est intégrée dans les traités. Et si une majorité se dessine bien au Parlement européen contre Strasbourg, cette majorité n’a aucun pouvoir puisque, comme le prévoient les traités, c’est le Conseil qui décide. S’il doit y avoir une évolution, elle doit se faire à l’unanimité. Ce sont donc les gouvernements français et luxembourgeois, car il est lui aussi concerné, qui ont les clés en main".

Au-delà du fait qu’un tel déménagement ne peut être imposé à la France, vous n’y êtes donc pas opposé?
"Cela ne peut se faire que s’il y a une alternative crédible et lucrative pour Strasbourg. Ma proposition, c’est qu’on doit proposer à Strasbourg une université européenne de troisième cycle, donc d’échanges scientifiques dans toutes les matières. Ce qui donnerait 20.000 étudiants européens qui pourraient pendant deux ou quatre semestres étudier à Strasbourg, avec une rotation d’enseignants venants de toute l’Europe, qui resteraient deux ans à Strasbourg. Tout cela aurait lieu dans les locaux du Parlement d’aujourd’hui, qu’il faudrait adapter mais cela me paraît facile".

Mais symboliquement, un tel déménagement serait un acte fort pour un pays fondateur comme la France ?
"Il faut voir que l’Europe à 27 n’est plus l’Europe à six mais c’est vrai qu’il faut pour Strasbourg quelque chose qui puisse symboliquement égaler la symbolique d’un Parlement européen. Et en termes de symbole, faire de Strasbourg un centre culturel et universitaire européen est aussi un symbole très fort."

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