Espionnage : l'enquête de Renault patine

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Espionnage : l'enquête de Renault patine
Selon plusieurs sources, le dossier sur l'espionnage chez Renault serait "vide au plan pénal"@ REUTERS
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ENQUETE E1 - Après les premières investigations, "le dossier est vide au plan pénal".

Le dossier d’enquête sur les espions présumés est peut-être plus fragile que ne veut le dire Renault, selon des sources proches du dossier. Dans une série de SMS envoyés entre le 5 janvier et jeudi, un des proches de l'enquête écrit à un sous-traitant de Renault que "le dossier est vide au plan pénal".

“Une histoire qui ne repose sur rien“

Un membre de la Direction Centrale du Renseignement Intérieure (DCRI) qui enquête sur l'affaire depuis le 7 janvier se montre également très prudent. "On m'a raconté une belle histoire, elle tient la route mais sous réserve de vérification. Ce n'est pas la première fois qu'on me raconte une histoire qui ne repose sur rien", explique-t-il.

La complexité de cette affaire repose sur l'enquête interne de Renault. Arrêtée trop tôt, il est aujourd'hui très difficile de remonter la pelote pour obtenir des preuves tangibles. Cela ne signifie pas pour autant que les trois hommes sont totalement innocents, mais que les preuves tangibles vont être très difficiles à trouver.

Retour sur une enquête au pas de charge

En août, une lettre anonyme accuse Michel Balthazard, membre du Comité de direction, de toucher des pots de vins et d'avoir un compte au Liechtenstein. Un enquêteur privé travaille pendant dix semaines en toute discrétion. Autour du 20 décembre, deux membres de la cellule de sécurité de Renault informe l'état-major des conclusions de l'enquête. Trois noms surgissent : Balthazard, Rochette et Tenenbaum.

Selon un témoin interrogé par Europe 1, les deux responsables de la sécurité, chargés de l'enquête interne, auraient dit à leurs patrons : "on est sûr à 95% qu'il y a eu corruption mais pas à 100%. On ne joue pas la vie de trois hommes à 5% près." Et ils auraient demandé trois mois d'enquête supplémentaires pour vérifier l'activité sur les comptes en Suisse.

Ils n'obtiendront pas ce délai. Le lendemain de cette réunion, la direction décide de convoquer les trois hommes après les vacances de Noël, sans indiquer de motif. Le 3 janvier, les trois hommes sont mis à pied et l'affaire éclate au grand jour.

Un voyage en Suisse infructueux

Les trois hommes mis en cause nient tout en bloc. Les deux responsables de la sécurité partent alors en Suisse avec Bertrand Rochette, l'un des cadres accusés, pour retrouver son compte en banque. Une fois sur place, ils découvrent que l'ensemble des comptes des trois cadres ont été fermés entre Noël et le Nouvel An. Pour Renault, c'est un aveu de culpabilité.

Pour la DCRI, qui enquête aujourd'hui, l'affaire se transforme en un véritable casse-tête. "D'un point de vue pénal, dit l'un des policiers, il n'y a plus rien. On ne vérifie pas l'enquête interne de Renault, on doit maintenant retrouver la trace de l'argent qui a peut-être existé sur des comptes fermés et basés dans des pays très à cheval sur le secret bancaire."

Or, une enquête préliminaire comme celle qui a été ouverte ne permet pas de demander la levée du secret bancaire. Autrement dit, il faut trouver des preuves qui ont été soigneusement effacées. C’est techniquement possible mais cela va demander des mois.

Renault persiste

Pour Me Jean Reynhardt, l'avocat de Renault, il n’y a en revanche aucun doute : les éléments sont sérieux. “Nous sommes dans un cas extrêmement précis de délit d’espionnage“, affirme-t-il. Mais Renault ne communiquera les éléments qu’il détient que lorsque la justice aurait terminé son travail.

“Le secret judiciaire s’impose“, se justifie-t-il :

Les accusés n’ont pas de mobile

Autre problème, les enquêteurs n’ont toujours pas établi le mobile des accusés. On aurait trouvé 135.000 euros sur le compte au Lichtenstein de Michel Balthazard. Or, le directeur gagnait environ 400.000 euros par an. Il aurait donc risqué sa carrière et sa réputation pour moins d'un an de salaire.

Chez Renault, on assure que ces sommes étaient dérisoires mais qu'il ne s'agissait que d'avances. Le reste allait arriver avec la livraison de secrets industriels majeurs. L'erreur du constructeur a peut-être été d'engager trop vite la procédure de licenciement ce qui complique aujourd'hui la tâche des enquêteurs de la DCRI.

Ce week-end, Carlos Goshn, qui ne s'est pas encore exprimé sur cette affaire, donnera une interview au JDD et sera dimanche dans le journal de 20 heures de TF1.