Eric Cordelle, victime collatérale de l'affaire Kerviel

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Eric Cordelle, victime collatérale de l'affaire Kerviel
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L'ancien chef du trader de la Société générale nie toute responsabilité dans la fraude.

Ni coupable, ni responsable. Eric Cordelle s'est présenté lundi comme une victime collatérale de "l'affaire Kerviel". Ce Polytechnicien, qui était le supérieur direct (N+1) de l'ancien trader, a été licencié après la découverte des positions spéculatives astronomiques prises par ce dernier, accusé d'être responsable d'une perte de 4,9 milliards d'euros subie en janvier 2008 par la Société Générale.

"Deux adversaires : Jérôme et la Société Générale"

L'ancien chef d'équipe était interrogé lundi dans le cadre du procès en appel de Jérôme Kerviel, reconnu coupable notamment de faux et abus de confiance et condamné en première instance à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts.

 Eric Cordelle a d'emblée annoncé : "ici j'ai deux adversaires: Jérôme, car il ment pour se défausser et la Société Générale, qui m'accuse de ne pas avoir vu ce qu'il avait fait".

Les différentes versions de Kerviel pointées du doigt

En cours de procès, Jérôme Kerviel a accusé la Société Générale de l'avoir utilisé comme fusible pour masquer ses pertes sur le marché des "subprimes", crédits immobiliers américains à l'origine de la crise financière de 2007-2008. Ce que la banque dément fermement.

"Lors des premiers interrogatoires, Jérôme a dit qu'il avait fait ça dans son coin, ensuite que la banque 'ne pouvait pas ne pas savoir', maintenant qu''ils savaient' (les Cordelle, Rouyère...) et maintenant c'est son histoire de complot!", a-t-il égréné, avant de conclure : "quand on dit la vérité, on n'a pas de raison de changer d'argumentaire".

Rien vu, rien su

Eric Cordelle a passé huit mois au côté de Jérôme Kerviel en tant que N+1 et il assure n'avoir rien vu des malversations dont est accusé l'ancien trader.

Au palais de justice, il a raconté, sous le regard hostile du prévenu, avoir été nommé au poste de responsable du service Delta One pour encadrer une équipe et pour sa connaissance "des clients et des vendeurs". A son arrivée, Jérôme Kerviel lui avait d'ailleurs été présenté comme "un trader senior sur lequel il pouvait s'appuyer pour se former" à ce nouvel univers.

"Débusquer une fraude n'était ni dans l'air du temps, ni de mon niveau de technicité en 2007", a insisté Eric Cordelle.

"Pensez-vous que Jérôme Kerviel a profité de votre naïveté?", lui a demandé un avocat de la banque. "De ma naïveté je ne sais pas, du fait que je n'étais pas spécialiste du trading certainement...", a répondu l'homme de 40 ans, estimant qu'il n'était pas dans ses attributions de contrôler le travail des traders.

Quatre ans au chômage

L'ancien responsable a raconté sa descente aux enfers depuis 2008. "Ma carrière s'est arrêtée net", a affirmé Eric Cordelle.

Accusé par son ancien employeur d'"insuffisance professionnelle" après la découverte de la fraude imputée à Jérôme Kerviel et licencié sous ce motif, l'ingénieur financier a passé quatre ans au chômage avant de retrouver du travail dans une société d'informatique.

Il affirme que le fait d'être connu comme "le patron de Kerviel" a dissuadé plusieurs employeurs potentiels de le recruter. "Les gens parlent de moi, les journaux parlent de moi", a-t-il témoigné lundi, racontant au passage "les enfants, qui rentrent de l'école en disant : 'il paraît que tu es un bandit, un escroc'".

L'ingénieur a depuis engagé une procédure aux prud'hommes contre la Société Générale, à laquelle il réclame plus d'un million d'euros.