Enfants "volés" : "Je suis une Réunionnaise transformée"

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Enfants "volés" : "Je suis une Réunionnaise transformée"
@ LE POPULAIRE DU CENTRE/JOUHANNAUD Thomas
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TÉMOIGNAGE - Marie-Thérèse Gasp fait partie des enfants réunionnais déplacés dans la Creuse entre les années 60 et les années 80.

Marie-Thérèse Gasp avait trois ans quand elle a été enlevée à ses parents et envoyée dans la Creuse. "Je suis partie pour le foyer d'enfance de Guéret, en 1966. Un an après, un couple sarthois vient me chercher pour être adoptée", raconte-t-elle sur Europe 1, mardi matin. Là, elle est rebaptisée Dominique Fouchet. Marie-Thérèse Gasp fait partie de ces enfants réunionnais déplacés dans la Creuse entre le début des années 60 et le début des années 80. Âgée de 51 ans aujourd'hui, elle affirme que sa quête de vérité n'est pas terminée. Mardi, à l’Assemblée nationale, les députés vont voter une loi pour redonner une mémoire et une histoire à ces Réunionnais oubliés. Marie-Thérèse Gasp sera présente.



Elle découvre son histoire dans le journal. "Quand j’ai été en âge de comprendre, ils [ses parents adoptifs, NDLR] me disaient que j’avais été affectée dans la Creuse car j’avais des problèmes de santé, que ma famille ne pouvait pas subvenir à mes besoins", poursuit-elle. Et ce n'est qu'en 1999, soit 33 ans après son arrivée en Métropole qu'elle comprend ce qui s'est passé.

"J'ai fait connaissance avec mon histoire en 1999 en lisant un article de Libération, 'Les enfants réunionnais parachutés en Creuse'", se souvient-elle. "Je pose alors des questions à droite à gauche, à des amis, pour savoir s'ils connaissaient cette histoire. Puis j'ai eu accès à mon dossier d'adoption, la DDASS m'a gracieusement remis quelques documents. Et là, j'ai été très choquée. Je me retrouvais avec un dossier administratif qui raconte en partie l'histoire de ma mère biologique", détaille Marie-Thérèse Gasp.

Elle parlait créole, moi pas. Aussitôt après cette découverte, la jeune femme écrit à sa mère biologique. "Un beau matin, elle m'a appelée : elle est restée une demi-heure à m'expliquer en créole - je ne comprenais pas le créole - qu'elle était bien la maman de Marie-Thérèse. J'ai eu affaire à une femme heureuse, très enjouée : ça m'a donné l'envie de la voir, de mieux comprendre cette histoire, l'approfondir", se souvient-elle aujourd'hui.

Marie-Thérèse Gasp se décrit désormais comme "une Réunionnaise transformée". "Je voudrais maintenant confirmer mon identité et avoir une reconnaissance. Je connais ma famille biologique, j'y vais de plus en plus, j'essaie de m'insérer auprès de la population réunionnaise. C'est difficile : problème de langage, choc de culture..."

"C'est l'Histoire des réunionnais exilés". "J'irai à l'Assemblée cet après-midi", a indiqué sur Europe 1 Marie-Thérèse Gasp. "J'attends du texte la demande de réparation. Une reconnaissance de la France, de la population française. Si j'ai bien compris, cette histoire n'est pas apprise, comprise. Il n'y a aucune question d'argent, je le précise. C'est l'Histoire des réunionnais exilés, pas l'affaire. L'affaire, ce sera peut-être plus tard, des pupilles remettront leurs dossiers au tribunal", précise-t-elle.

Mère de trois enfants, Marie-Thérèse Gasp n'a désormais plus de contact avec sa famille adoptive. "Je pense qu'ils n'ont pas accepté que je recherche ma famille, la trouver, l'accepter dans mon quotidien. C'est difficile à vivre : j'aurais bien aimé avoir deux mamans. Une adoptive, qui se met en relation avec la maman biologique, ça aurait été génial", conclut la Réunionnaise.

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