Emilie innocente Loïc Sécher

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Emilie innocente Loïc Sécher
Loïc Sécher a écouté les professeurs de son accusatrice raconter comment ils ont lancé l'engrenage judiciaire qui allait injustement le conduire en prison.@ Maxppp
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Emilie, l'accusatrice, a disculpé l'ouvrier agricole mardi lors d'un témoignage à huis clos.

Après s’être penché sur l’enquête de gendarmerie lundi, la cour d’assises de Paris a étudié mardi, au deuxième jour du procès en révision de Loïc Sécher, la genèse de l’affaire qui a conduit cet ancien ouvrier agricole en prison pour un viol qu’il n’a pas commis. Le tribunal a donc entendu Emilie, la victime présumée, mais aussi ses professeurs. L’accusatrice s’était d’abord plainte à eux à la fin de l’an 2000, lançant ainsi l’engrenage judiciaire qui allait amener Loïc Sécher en prison jusqu’en 2008.

"C'étaient des filles aguicheuses"

Mais mardi, la jeune fille a disculpé l'ancien ouvrier agricole. Un premier huis clos a été ordonné dans l'après-midi, le temps d'une confrontation de la jeune femme, mineure à l'époque des faits, avec un témoin, un de ses anciens camarades de classe. Emilie, présente pour la première fois au procès, a souhaité intervenir. Le public et les journalistes sont alors sortis. "C'était un moment d'audience incroyable... Pendant des années elle a menti dans la culpabilité plutôt que de trahir les siens... Elle a eu beaucoup de mal à revenir en arrière... Elle a dit qu'elle avait peur qu'on la juge", a ensuite déclaré à la presse Me Dupond-Moretti, l'avocat de Loïc Sécher.

"Je lui ai dit qu'elle était très courageuse, et que Loïc Sécher ne lui en avait jamais voulu", a-t-il poursuivi. "Tout le monde regardait cette jeune fille les larmes aux yeux, c'était absolument bouleversant... Loïc Sécher avait la tête entre les mains et pleurait... c'était un moment de justice extraordinaire", a ajouté le célèbre pénaliste.

La rédaction qui change tout

Les professeurs d'Emilie ont également été entendus entendus mardi. Tous restent très marqués par le passage de la jeune fille dans leur classe, même plus de dix ans après. A l’époque, l’adolescente ne mangeait rien, faisait des malaises à répétition. "Elle était en train de se détruire. Il fallait faire quelque chose", a déclaré en larmes sa professeur de physique.

Et puis il y a eu cette rédaction de français, qui a tout changé. Emilie parlait dans son texte d’une silhouette noire, d’humiliation. Elle écrivait aussi qu’il ne fallait surtout pas parler de ce devoir. "Il n’y avait rien de sexuel dans cette rédaction", note l’avocate d’Emilie. "Non", confesse le professeur de français qui, pourtant, fait un signalement d’enfant en danger.

De jeunes enseignants désemparés

Ces enseignants, très jeunes à l’époque, semblaient alors bien seuls. Ils peinaient à remplir leur devoir, à comprendre pourquoi Emilie allait si mal. Ils ne bénéficiaient par exemple d’aucun soutien de leur direction. "Il fallait crever l’abcès pour vous", résume l’avocat général. Alors après les cours, certains professeurs ont questionné Emilie pour qu’elle libère sa parole. "Est-ce qu’elle a été victime d’abus sexuel ? " "Est-ce que c’est un proche de la famille ?", interrogaient-ils. Et peu à peu s'est dessiné le portrait de Loïc Sécher. Pourtant, elle avait quelques temps auparavant parlé de jeunes à son ami pour expliquer son mal-être.

De son côté, Loïc Sécher, toujours figé dans son fauteuil, a écouté les débats de ce procès qui doit l’innocenter, et pour lequel il devient de plus en plus un simple spectateur. Un procès qui est surtout devenu mardi celui de la valeur de la parole de l’enfant. "On devrait filmer les débats", a conclu l’avocat général. "Ça servirait de leçon."