Emile Louis, un "tueur hors série"

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Emile Louis, un "tueur hors série"
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PORTRAIT - Le tueur des "disparues de l'Yonne", mort dimanche à 79 ans, était décrit comme un "extrême de la perversion".

Mort avec ses secrets. L’avocat des familles des victimes d’Emile Louis, Maître Didier Seban, a regretté au micro d’Europe 1 que "l’un des pires tueurs en série du XXème siècle" soit décédé avant de lever le voile sur les "supplices qu’il a fait vivre à ses victimes et le nombre de victimes qu’il a eues dans son parcours." Condamné en 2004 à la prison à perpétuité pour le meurtre des sept "disparues de l’Yonne", Emile Louis purgeait également une peine de 30 ans de réclusion criminelle, avec une période sûreté de 20 ans, pour viols avec torture et actes de barbarie sur sa seconde épouse et agressions sexuelles sur la fille de celle-ci.       

Clivage de personnalité. Cet homme, qui a longtemps dissimulé son extrême cruauté derrière une apparente normalité de chauffeur de bus, était incarcéré à la prison d'Ensisheim dans le Haut-Rhin, aux côtés d'autres tueurs en série comme Francis Heaulme ou Guy Georges. Il avait été transféré il y a quelques jours à l'unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) de Nancy, en raison de la dégradation générale de son état de santé.

Né à Auxerre le 26 janvier 1934, Emile Louis était comme les disparues de l'Yonne : un enfant de la DDASS, abandonné à la naissance puis placé dans une famille d'accueil où il avait beaucoup souffert.
"Emile Louis a vécu une forme de maltraitance affective, inspirée par une figure parentale cruelle créant très tôt chez lui la représentation de liens sado-masochistes", avait ainsi expliqué un expert psychologue aux assises de l'Yonne en 2004.

Plusieurs spécialistes ont émis l'hypothèse d'un clivage de sa personnalité, né de cette enfance douloureuse. D'un côté, Emile Louis montrait le visage d'un "bon père" de quatre enfants, un "homme sans tache". Plusieurs témoins avaient d'ailleurs évoqué un homme "jovial", "poli", et très "compréhensif", en particulier à l'égard des jeunes femmes fragiles psychologiquement qu'il conduisait dans son bus.

Un "extrême de la perversion". Néanmoins, son parcours judiciaire semé de multiples poursuites et condamnations pour des faits de viols ou d'agressions sexuelles, avait fait apparaître la face sombre du personnage. Emile Louis éprouvait une "véritable jouissance à établir une domination sur l'autre", estimait un psychologue en 2006, parlant de lui comme un "extrême de la perversion, de la cruauté, de la souffrance", "un tueur hors série".

Devant la cour d'assises de l'Yonne, l'accusé Emile Louis n'avait pas laissé transparaître la moindre émotion, en dehors de rapides regrets, lors du défilé à la barre de ses anciennes victimes, qui faisaient état avec douleur de ses pratiques sexuelles perverses. Synthétisant les analyses des experts, le président du procès de première instance l'avait dépeint comme "une forteresse entourant un vide affectif sidéral". A la veille de la fin du procès des "disparues de l'Yonne" en 2004, Emile Louis avait émis le souhait de "finir ses jours dans un monastère", s'il avait "le bonheur de sortir de prison". Avant d'ajouter: "Finalement la prison et le monastère, c'est un peu pareil".