Education : la France, pas si nulle

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Education : la France, pas si nulle
Les élèves de 7 à 8 ans ont 847 heures de cours par an contre 774 en moyenne dans l'OCDE. Ils ont en revanche moins de semaines de classe.@ MAXPPP
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Un rapport de l'OCDE pointe les bons et les mauvais points du système éducatif hexagonal.

Plus d'élèves par enseignant, moins de semaines de cours mais davantage d'heures de classe, des professeurs plus jeunes mais moins bien payés : sur plusieurs points, la France sort du lot par rapport à la moyenne des autres pays de l'OCDE selon le rapport "Regards sur l'éducation 2012" publié mardi par l'institution.

Sur quels points la France mérite-t-elle des "félicitations" ou, au contraire, un "bonnet d'âne" ?

Pour le savoir, Europe1.fr a interrogé Eric Charbonnier, analyste à la direction de l'Education de l'OCDE.

 ● Décrochage scolaire : "LE BONNET D'ANE"          

Le taux de scolarisation des jeunes âgés de 15 à 19 ans a légèrement baissé en France depuis quinze ans, un constat "préoccupant" selon OCDE. Chaque année, environ 140.000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme, d'après les chiffres du ministère de l'Éducation nationale. "Après avoir beaucoup progressé pendant 40 ans, la France semble stagner depuis 10-15 ans", pointe Eric Charbonnier, expert à la direction de l'Education de l'OCDE. 

"Il y a une nécessité de gérer l'échec scolaire et de gérer l'insertion de ceux qui sortent sans diplôme", estime-t-il. "Dans un pays comme le Japon qui a à peu près la même proportion d'élèves non scolarisés de 15 à 19 ans, quasiment tous trouvent un emploi. En France, quasiment tous sont inactifs ou au chômage", ajoute-t-il.

Classe primaire

© MAXPPP

● Investissements dans l'éducation ? "PEUT MIEUX FAIRE"

La France investit 6,3% de son produit intérieur brut (PIB) dans l'éducation, soit un peu plus que la moyenne de l'OCDE (6,2%). "La France investit beaucoup mais de manière inégale entre les niveaux d'éducation", analyse Eric Charbonnier, expert à la direction de l'Education de l'OCDE. Elle dépense moins dans le primaire que la moyenne mais investit davantage dans le secondaire et dans le supérieur.

Un choix discutable : "on parle souvent d'un échec scolaire qui s'aggrave au collège et au lycée mais il prend souvent racine au primaire", pointe Eric Charbonnier. Des pays comme le Royaume Uni ou l'Allemagne l'ont bien compris en réinvestissant davantage dans le primaire ces dernières années.

● Scolarisation en maternelle : "TRES BIEN"

La maternelle démarre à trois ans en France. Et à l'âge de quatre ans, près de 100% des enfants y sont scolarisés contre 79% en moyenne dans l'OCDE. C'est très positif car "plus un enfant est scolarisé tôt, plus il a de chances de réussir plus tard", relève Eric Charbonnier, expert à la direction de l'Education de l'OCDE. Surtout, une scolarisation précoce "permet de mieux lutter contre les inégalités sociales plus marquées en France qu'ailleurs dans le domaine scolaire".

primaire.maxppp

© MAXPPP

● Taux d'encadrement : "A AMELIORER"

Dans le primaire, un enseignant français encadre en moyenne 18,7 élèves contre 15,8 dans l'OCDE.

Ce faible taux d'encadrement à un âge décisif est aussi "une réalité dans le pré-primaire" selon Eric Charbonnier. Et les choses ne devraient pas s'arranger : durant la campagne présidentielle, le candidat François Hollande ne s'est-il pas engagé à multiplier par trois le nombre d'enfants de moins de trois ans accueillis en maternelle ?

Enseignante

© MAXPPP

● Âge des enseignants : "FELICITATIONS"

Près de la moitié des enseignants français du primaire ont moins de 40 ans contre seulement 42% dans l'OCDE. Dans le secondaire, ils sont aussi plus jeunes que la moyenne. "Un avantage", selon Eric Charbonnier car "ils seront donc moins nombreux à partir à la retraite dans les prochaines années contrairement à ce qui devrait se passer en Italie où certains pays départs ne seront même pas remplacés".

● Rythme scolaire : "PASSABLE"

Les élèves de 7 à 8 ans ont 847 heures de cours par an contre 774 en moyenne dans l'OCDE. Ils ont en revanche moins de semaines de classe : 35 par an contre 38 par moyenne dans l'OCDE, certains pays ayant plus de 40 semaines. Or, un plus faible nombre de semaines de cours peut être "problématique" pointe Eric Charbonnier, analyste à la direction de l'Education de l'OCDE.

"Cela donne, d'une part, des journées plus longues et, d'autre part, il est alors plus difficile de trouver des moments pour gérer l'échec scolaire d'un élève qui décroche". Par ailleurs, "les longues périodes de vacances sont propices à l'aggravation des inégalités entre les élèves de milieux favorisés et les autres."

● Salaire des enseignants : "DES PROGRES A FAIRE"

Le salaire statutaire - c'est-à-dire hors primes et heures supplémentaires - dans le primaire et le secondaire est inférieur en France à la moyenne de l'OCDE pour les profs débutants comme pour ceux qui ont dix ou quinze ans d'expérience.

Un manque d'attractivité salariale qui peut "entretenir la crise des vocations", relève Eric Charbonnier. Petit satisfecit toutefois : en fin de carrière, à l'échelon maximal, le salaire est supérieur à la moyenne.