École en bateau: "pédophilie en col blanc"

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École en bateau: "pédophilie en col blanc"
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LA PHRASE - Me Eric Morain estime que Kameneff s'est servi de son école pour couvrir ses dérives.

"Une pédophilie en col blanc". C'est en ces termes que l'avocat des parties civiles au procès de l’École en bateau a résumé les pratiques de Léonide Kameneff, le fondateur de l'association accusé d'avoir violé, pendant près de 30 ans, plusieurs des enfants qui avaient embarqué à bord du Karrek Ven. L'avocat des victimes a encore assené que le projet unique d'éducation alternative de Léonide Kameneff représentait une "vitrine incroyablement rutilante".

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"Comment pouvait-on penser que c'était possible ?" Me Eric Morain, l'avocat des neuf plaignants, aujourd'hui âgés de 33 à 46 ans, a rappelé à la cour la longueur de la procédure après le dépôt de la première plainte en 1993 car ce dossier ne "correspond pas à la pédophilie qu'on connaît, à l'image qu'on s'en fait !" Selon lui, "c'est de la pédophilie en col blanc ! Ça passait à Thalassa, alors comment pouvait-on penser que de tels abus c'était possible ?"

Les enfants racontaient l'aventure, pas les abus. Les premières plaintes déposées en 1993 et 1994 par deux anciens élèves devenus majeurs avaient valu à Léonide Kameneff trois mois de détention provisoire, avant de demeurer sans suite. Ce n'est qu'en 2002 que ces accusations réitérées, associées à de nouvelles plaintes d'autres jeunes ayant séjourné à bord, ont relancé l'enquête. Me Morain a rappelé que si ses clients ont mis du temps à dénoncer les abus - parfois jusqu'à onze ans -  c'est parce que quand un enfant rentre de cette "aventure tellement merveilleuse", "il raconte les coquillages, le soleil, les voyages", mais "pas un sexe d'adulte dans une bouche d'enfant". 

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"Un système totalitaire". "Derrière la vitrine incroyablement belle, incroyable rutilante (...) il y avait un système totalitaire" fait de "manipulations, de mensonges, de mépris", a-t-il encore dénoncé, rappelant les différentes formes "d'emprise" décrites à l'audience par les plaignants. "Une emprise qui a marché sur certains et pas sur d'autres", en fonction de la vigilance des parents, une "emprise par le discours de vivre une expérience unique", "une emprise nourrie par un sentiment d'insécurité permanente", a martelé l'avocat.

Une école créée pour cacher ses pratiques. Une plaidoirie allant dans le sens des témoignages de victimes et notamment celui d'un témoin inattendu datant du 8 mars dernier. Le pédopsychiatre de 57 ans, qui avait fait le déplacement du sud de la France vers Paris, avait assuré que Léonide Kameneff avait créé son école en bateau afin d'assouvir ses désirs tournés vers les enfants.

"Il y avait aussi la volonté de pouvoir avoir à disposition des enfants, je pense que ce type de relation qu'il avait besoin d'avoir avec les enfants occupait toute sa vie et tout s'est organisé autour de ça avec une idéologie qui permettait ensuite de le justifier", avait commenté l'homme qui était lui-même l'un des jeunes patients de Léonide Kameneff avant que ce dernier lance l'école en bateau.

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