"Dites la vérité Monsieur Leclaire !"

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"Dites la vérité Monsieur Leclaire !"
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TEMPS FORTS - Revivez la deuxième, et dernière, journée du procès de Francis Heaulme devant les assises de Metz.

L'enjeu de cette audience. Le procès de Francis Heaulme pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz était prévu pour durer un mois. Mais depuis lundi matin, la cour d’assises de Metz bruisse de rumeurs sur un possible renvoi des débats. Deux témoins de dernière minute mettent en cause un autre homme que l'accusé assis dans le box : Henri Leclaire. Le président de la cour d’assises a bouleversé le programme d’audition des témoins pour entendre dès mardi tous ceux qui accréditent la thèse de la présence de Leclaire, premier suspect dans l'affaire mais qui avait bénéficié d'un non lieu l'an dernier, sur les lieux du drame le 28 septembre 1986.

17h10. Le procès est renvoyé. Le président annonce le renvoi du procès. La cour a pris en compte les nouveaux éléments apportés par les témoignages de dernière minute et qui pourraient faire peser des charges contre Henri Leclaire. Elle estime également que Francis Heaulme "est en droit d'exiger un procès équitable".

Avant de lever l'audience, le président Steffanus a eu quelques mots pour les familles : "je veux leur faire part de mon regret de ne pas pouvoir aujourd’hui mener les débats jusqu’à leur terme. Mais la vérité, l’entière vérité est à ce prix, au prix de ces nouvelles souffrances qui vous sont infligées", a-t-il dit. "Nous sommes convaincus que la vérité finira par être affirmée dans cette enceinte. Je dis ma détermination afin de que la justice passe enfin."

Puis s'adressant à Patrick Dils : "au nom de la cour, je tiens à dire, dans cette salle où il a été condamné en 1989, combien a été immense l’erreur judiciaire qui l’a frappé. Puisse une telle catastrophe judiciaire ne jamais se reproduire", a conclu le président, ému.

16h30. La cour va délibérer. Le président et ses assesseurs se retirent pour examiner la demande du parquet. La cour rendra son arrêt dans la foulée.

16h25. Le procureur général demande le renvoi du procès. "Le ministère public estime que le dossier n’est plus en état d’être jugé, il convient de renvoyer l’affaire", déclare le représentant du parquet. "Votre cour d’assises ne peut que renvoyer : elle ne peut être saisie d’une demande de supplément d’information puisque vous n’êtes saisi que de Monsieur Heaulme", justifie le procureur général. "La seule solution est que je transmette à l’autorité compétente, le procureur de la République, les éléments nouveaux recueillis afin qu’il ouvre une instruction judiciaire contre Henri Leclaire", poursuit-il.

Tous les avocats sont d'accord avec cette demande. "Je suis triste de ce dénoument, mais je souscris totalement aux propos de Monsieur le procureur général", dit d'abord Me Moser, l'avocat du père d'Alexandre. "Mme Beining est tout à fait prête à continuer son combat", annonce de son côté Me Boh-Petit. Quant à la défense de Francis Heaulme, elle n'a "pas de commentaire".

16h10. Attente et rumeurs. L'audience est suspendue depuis près d'une demi-heure. Les rumeurs de renvoi du procès pour un supplément d'information sont de plus en plus persistantes.

15h15. Le cheminot fait le show. Le témoin, gouailleur, amuse la salle d'audience et agace le président. Mains sur les hanches, cravate bariolée, fort accent alsacien, il répond aux questions, tance les avocats, se balade de micro en micro dans la salle. Il sort un exemplaire du magasine La Vie du rail pour expliquer à quoi ressemblait la machine qu'il conduisait le 28 septembre 1986. "Ca vous aiderait de vous mettre en situation pour le reconnaitre ?", demande un avocat. "Oui", répond le cheminot. Il ne sera pas confronté à Leclaire. 

14h55. "Il y a une similitude". La cour montre une planche de huit photos et demande au cheminot d'identifier l'homme qu'il dit avoir vu. "C'est celui de droite, euh... celui de gauche... Le 1 et le 3", assure-t-il, désignant bien les photos de Leclaire.

14h35. "Mes voisins m'emmerdaient". Pour justifier d'avoir attendu 27 ans pour venir témoigner, Jean Woffler, qui s'exprime avec un fort accent alsacien, explique qu'il "faisait du bois" et qu'il "était emmerdé par ses voisins". Il ajoute qu'il n'a pas suivi l'affaire et qu'il "ne voulait pas avoir d'ennui". Autres justifications : "j'arrêtais de fumer et puis il y a eu une grève en 1987". Quelque peu confus... L'ancien cheminot explique aussi que "les témoins ont peur de venir témoigner devant la justice".

14h30. "Je l'ai vu, je n'ai pas dit que c'est l'assassin". La cour entend Jean Woffler, l'autre témoin surprise du procès. Cet ancien conducteur SNCF dit avoir vu Henri Leclaire, le long de la voie ferrée, du sang sur le t-shirt. "Un individu a longé le train. Il avait une facon bizarre de marcher. Ca a attiré mon attention. Il a dépassé la machine, il s’est retourné pour regarder derrière lui, pour voir si on le suivait.", raconte le témoin. "Son t-shirt était blanc et rouge, comme du sang", ajoute-t-il. Mais précise-t-il : "je n'ai jamais dit que c'était lui l'assassin."

12h25. "Dites la vérité !" Pressé de questions par le président, l'avocat général, les avocats des parties civiles, Henri Leclaire se borne à répondre : "je ne me souviens plus", "j'ai dit ça comme ça", "je n'étais pas là". "Monsieur Leclaire, il faut vous croire quand ? On va dire que vous mélangez, que vous êtes sous pression. Ce matin je veux bien l’admettre, personne n’aime témoigner devant une cour d’assises, mais dans la cuisine de Mme Bindlauer vous n’étiez pas sous pression", lui lance l'avocat général. "Tout à l'heure vous avez juré de dire quelque chose ?", lui demande-t-il ensuite. "Je m'en rappelle plus". "La vérité, Monsieur Leclaire. Alors dites la vérité !"

12h10. "C'était un accident ?" Le président cherche-t-il à faire craquer Leclaire ? "Monsieur Leclaire, vous ne croyez pas qu’il est temps de dire haut et fort, enfin…", commence le président Steffanus. "Je les ai pas tués", l'interrompt le témoin. "D’accord, mais qu’est-ce que vous avez fait ? C’etait un accident ? C'était un accident ?" répète le magistrat. Silence. "Je n'étais pas là", finit pas lâcher Leclaire.

12h. "Je m'en souviens plus". Henri Leclaire est confronté au témoignage de Marie-Christine Bindlauer. Il reconnaît lui avoir livré ses courses quelques fois, la dernière fois, il est resté "une ou deux heures". Mais il ne se "souvient plus" de quoi il parlé. "Mais qu'est ce qu'on raconte à une femme d'avocat ? On parle pas de foot quand même !", s'agace le président.

"Je suis surprise de cette amnésie totale", assure alors la témoin. Elle lui redit alors tout ce que, selon elle, Leclaire lui a confié ce jour là. Leclaire ne lui jette pas un regard puis s'étonne : "je vous ai dit tout ça ?". Puis reconnaît à la barre : "tout ce qu'elle a dit, c'est vrai. Je lui ai bien dit ça". Mais il ajoute aussitôt : "Tout ce que je lui ai dit, c’était faux, j’ai dit n’importe quoi."

11h10. "Il m'a fait peur".La témoin de dernière minute, Marie-Christine Bindlauer, est entendue "en vertu du pouvoir discrétionnaire du président", donc n'est pas témoin au sens de la loi et ne prête pas serment, précise le président Steffanus. Elle raconte que Henri Leclaire lui livrait parfois ses courses à domicile. Il est entré une fois dans sa cuisine et lui aurait fait des confidences : "Il m’a raconté qu’il n’était pas bien depuis plusieurs années parce qu’il avait été impliqué dans le drame de Montigny. D’après lui, c’était une erreur judiciaire."

"Il était très en colère contre un policier qui l’avait amené à faire des aveux en garde à vue. Il m’a dit qu’il avait avoué mais que ce n’est pas lui qui les avait tués", poursuit cette femme d'avocat. "Il m’a dit comment les enfants gênaient son travail. Le ton monte alors, il me répête : 'je m’en suis pris à eux mais je ne les ai pas tués'. Et il a commencé à mimer les gestes. Là devant moi, j’avais un autre homme, il me faisait peur", raconte la témoin, et ajoute "il était en transe". A la barre, Marie-Christine Bindlauer mime elle aussi le geste de Leclaire dans sa cuisine : elle ferme les deux poings, lève les mains au niveau des épaules et les secoue. Mais, précise-t-elle plusieurs fois : "Je n’ai jamais dit qu’il avait avoué devant moi."

Marie-Christine Bindlauer explique aussi qu'elle a mis tant de temps à venir témoigner car elle a suivi les conseils de son mari, avocat. "C’est gênant de dire ça, mais j’en veux à mon époux. Je regrette d’avoir écouté son conseil. C’est une erreur grave de ne pas l’avoir dit avant", reconnait-elle.

10h55. "Montigny, ce n'est pas moi". Francis Heaulme, mains croisées sur la poitrine, assure : "ce n'est pas moi qui ai fait du mal aux enfants". "Montigny, ce n'est pas moi", répète-t-il.

10h40. "J'ai vu Henri Leclaire". A la barre, chemise rayée et pantalon noir, Heaulme, des sanglots dans la voix, raconte : "J’ai vu monsieur Henri Leclaire. J’ai vu un homme violent qui descendait le talus. Il m’a fait peur. Je l’ai attrapé par le bras. Il avait du sang sur le t-shirt, le pantalon et les mains." "Et ce Henri Leclaire, c'est celui là ?", demande le président en désignant celui qui se trouve juste à côté de Heaulme. L'accusé se tourne lentement vers Leclaire : "oui".

"Quand on voit des enfants morts, on n’appelle pas les pompiers, la police, les secours, les voisins ?", l'interroge encore le président Steffanus. "Je ne connaissais personne", répond Heaulme. "Mais vous travaillez dans le coin, vous habitez là", s'emporte le président. "J’avais peur qu’on m’accuse, je n’ai pas pu aller travailler", poursuit Heaulme. Deux policiers se tiennent entre Heaulme et Leclaire.

10h35. Stupéfaction dans la salle. "Vous n’êtes pas accusé aujourd’hui d’avoir donné la mort aux enfants, simplement si vous leur avez donné une correction ce jour là, il faut le dire. Il faut le dire !!", s'exclame le président en direction d'Henri Leclaire. Puis se tourne vers le box : "Monsieur Heaulme, levez-vous !" Le magistrat demande alors aux policiers de faire sortir Heaulme du box. Moment de stupéfaction dans la salle?

10h30. Le moulin à parole. Ginette Beckrich, revenue à sa place sur le banc des parties civiles, redemande la parole car elle "oublié de dire quelques chose". "En considération de votre grand âge, je vous autorise à m'interrompre", lui répond le président. La voilà repartie dans un long monologue. 

10h20. "C'est pas possible". "Le 28 septembre vous m’avez vu ? C’est pas possible, j’étais chez moi", répond Henri Leclaire. Il se souvient en revanche d'une visite de Mme Beckrich chez les Leclaire. La grand-mère d'Alexandre assure que Henri s'est alors fâché contre les enfants qui allaient dans les bennes de papier. "Pourquoi vous vous êtes fâché, expliquez-nous Monsieur Leclaire ?", demande le président. Silence de Leclaire.

10h10. La grand-mère "un peu sourde", à la barre. Pour mettre Leclaire devant ses contradictions, le président Steffanus appelle Ginette Beckrich à la barre. Leclaire tremble légèrement en remontant ses lunettes. "La grand-mère est un peu sourde, parlez plus fort s'il vous plait", lâche la vieille dame de 88 ans, détendant un peu l'atmosphère pesante de la cour. Ginette Beckrich, désormais assise à côté de Leclaire, assure l'avoir bien vu passer en mobylette le 28 septembre. "Je me suis même fait la réflexion 'tiens voilà Henri', je m’en souviens très bien", raconte-telle. Leclaire ne lui jette pas un regard. Pendant ce temps, dans le box, Francis Heaulme semble totalement absent. 

10h. Le président s'énerve. Face aux dénégations de Leclaire, le président lui lit sa déposition de septembre 1986, celle de ses aveux, où il reconnaît être allé rue Venizelos le jour du crime. "J'ai dit n'importe quoi aux gendarmes", dit Leclaire.  "Et c’est pas aujourd’hui que vous dite n’importe quoi ? Comment on peut savoir quand vous dites n’importe quoi ou pas ? Pourquoi vous dites n’importe quoi alors qu’il n’ y a pas de quoi en faire un plat ?", s'énerve alors le président Steffanus. Leclaire reste bredouille, les mains croisées sur son ventre.

9h50. "Pas de pression". Leclaire nie être allé rue Venizelos, en contrebas du talus où ont été retrouvés les corps, le jour du crime. Mais le président lui lit les différentes dépositions dans lesquelles il reconnaît être allé à l'imprimerie pour surveiller les bennes. "Il y avait des pressions des gendarmes", explique Leclaire. "Mais il n'y a pas de pression là. On parle juste de votre vie", répond le président. "On ne vous accuse de rien. On vous demande juste de dire ce qui s'est passé ce jour-là", poursuit le magistrat.

9h40. La stratégie du président. De fil en aiguille, le président Steffanus amène Leclaire aux faits. D'abord son enfance, puis son travail à l'imprimerie et "les gosses qui jouent dans les bennes". "Ils les laissaient traîner dans la rue. La ville téléphonait au patron pour dire qu’il fallait ramasser les papiers. C’était moi qui prenait l’engueulade", raconte Leclaire.

Puis les repas du dimanche avec son père au restaurant : "on s'habille en dimanche, on regarde Jacques Martin, Le petit rapporteur...", imagine le magistrat. Et ce fameux dimanche 28 septembre 1986 ? "Je n'y étais pas monsieur le président", assure Leclaire.

9h30. Henri Leclaire est le premier à être interrogé. Sa déposition tient en peu de mots : "Je ne connais pas Monsieur Heaulme, je ne l’ai jamais vu. Je n’ai jamais entendu parler de lui. La seule fois où je l’ai vu c’était à Lyon et ici au palais de justice. Je n’ai rien d’autre à dire."

Le président l'interroge alors sur son enfance, sa vie professionnelle. Réponses courtes de Leclaire, pas bavard, qui ne comprend pas toutes les questions du président et ne se souvient pas très bien des dates.

9h10. L'audience reprend. Le président du tribunal fait distribuer aux jurés le plan des lieux du double meurtre. 

8h55. Ginette Beckrich, la grand-mère d'Alexandre, toujours sceptique. Pour la vieille dame, Leclaire "est un drôle de type". Mais Ginette Beckrich reste persuadée de la culpabilité de Dils : "Moi je reste sur un assassin mais je verrai si ce n'est pas lui. Alors je me serai trompée depuis le début".



8h50. L'arrivée de l'homme clé. Henri Leclaire est arrivé avec son avocat, sans dire un mot.



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