Dialogue de sourds autour de SeaFrance

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Dialogue de sourds autour de SeaFrance
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Après une réunion avec les syndicats, Mariani tance la CFDT pour son "jusqu'au-boutisme".

Entre le ministre des Transports et les représentants du personnel de SeaFrance, le dialogue est rompu. Après une réunion avec les syndicalistes de la compagnie de ferries, menacée de liquidation judiciaire, Thierry Mariani a ainsi dénoncé leur "fanatisme". Europe1.fr fait le point sur la situation.

Quels sont les griefs du ministre ? Thierry Mariani reproche aux représentants du personnel d'avoir refusé, selon lui, tout compromis sur une autre solution que leur projet de reprise sous forme de coopérative. Il estime notamment que la CFDT a refusé d'examiner une offre qui avait été faite par la société Louis Dreyfus Armateurs (LDA).

"Le fanatisme sur une seule proposition, c'est coupable. Aujourd'hui, le syndicat SeaFrance porte une très lourde responsabilité. Six cents des 880 emplois auraient peut-être pu être sauvés si le syndicat avait accepté de dialoguer", a affirmé le ministre des Transports.        

De quelle offre parle Thierry Mariani ? Le 26 juillet dernier, le groupe LDA et la compagnie danoise DFDS avaient déposé une offre de reprise partielle. Il s'agit de la seule offre de reprise, en dehors de la coopérative proposée par les salariés, qui ait jamais été transmise.

A l'époque, la CFDT, syndicat majoritaire chez SeaFrance, dénonçait : "l'intention est encore une fois de casser l'entreprise et de la liquider morceau par morceau". L'offre prévoyait de conserver 460 emplois équivalent temps plein et trois navires sur quatre.

Cette offre avait cependant été rejetée par le tribunal de commerce de Paris le 16 novembre dernier. LDA, qui avait jusqu'au 12 décembre dernier, avait ensuite renoncé à renouveler son offre.

Que proposent les salariés ?La seule offre de reprise qui reste est donc celle des salariés. Il s'agit d'un projet non financé de société coopérative et participative (Scop). Il prévoit de maintenir les 880 emplois en CDI à Calais. Reste que les salariés n'ont réussi à réunir que 100.000 euros sur les 40 à 50 millions d'euros nécessaires pour financer ce projet.

Que demandent les syndicats au ministre ? Des aides ou des avances de l'Etat afin de relancer l'activité. "SeaFrance a simplement besoin d'une avance. Si le ministre ne peut pas demander au FSI (Fonds stratégique d'investissement), à la Banque postale à la Caisse des dépôts et consignations de faire une avance à une entreprise, qui peut le faire ?", s'interroge ainsi Didier Capelle, secrétaire général de la CFDT Maritime Nord.

Mais le ministre rappelle dans un communiqué que la Commission européenne a interdit à l'Etat et à la SNCF d'apporter un nouveau financement public et que "la recherche d'un partenaire extérieur est donc indispensable".

"L'argument de Bruxelles ne tient pas debout. Quand on est ministre, on doit prendre des risques", assure Didier Capelle. Il estime que la future Scop ne serait pas une entreprise publique et qu'elle pourrait donc recevoir des aides. La brouille est totale.

Quelle est la position de Bruxelles ? L'Union européenne a été plutôt claire. Elle avait rejeté une proposition du gouvernement français qui prévoyait que la SNCF, maison-mère de SeaFrance et entreprise 100% publique, prête 100 millions d'euros à la compagnie de ferries.

"La France n'a pu démontrer que la contribution financière de la compagnie était exempte d'aide d'Etat et reflétait la confiance des marchés quant à sa viabilité future", avait alors indiqué la Commission. En gros, cette aide déguisée créerait une distorsion de concurrence, notamment avec les autres transporteurs.

Quand les salariés seront-ils fixés sur leur sort ? Le tribunal de commerce de Paris, qui avait placé à la mi-novembre SeaFrance en liquidation avec poursuite de l'activité jusqu'au 28 janvier, doit examiner le dossier le 3 janvier et rendra sa décision une semaine à dix jours plus tard.       

Il devra alors dire s'il juge le projet de Scop viable et accepte de confier les rênes de la société aux salariés ou s'il prononce la liquidation définitive de cette filiale de la SNCF.