Deux ans ferme pour "l'empoisonneur"

  • A
  • A
Deux ans ferme pour "l'empoisonneur"
Le couple cultivait la vigne dans un domaine d'une quarantaine d'hectares, dans le Chablis.@ MAXPPP
Partagez sur :

Le vigneron de l'Yonne qui a administré de l’arsenic à sa femme a été condamné à deux ans ferme.

La cour d'assises de l'Yonne a condamné mardi à cinq ans de prison dont deux ferme Jacky Châtelain, le viticulteur accusé d'avoir empoisonné son ex-épouse Josyane, avec qui il exploitait un domaine à Fontenay-près-Chablis. La justice n'a pas prononcé de mandat de dépôt à l'encontre de l'accusé, qui comparaissait libre. "S'il dispose d'un domicile et d'un travail, il va faire sa peine avec un bracelet électronique", ce qui lui évitera d'aller en prison, a expliqué son avocat, Me Bernard Revest. Le jury a finalement retenu la thèse de l'administration de substance nuisible plutôt que l'empoisonnement.
L'avocat général avait requis dix ans de réclusion criminelle.

Entre 2004 et 2005, l’accusé a versé un produit contenant de l’arsenic et destiné à traiter les vignes dans les repas de sa femme. Selon ses dires, il souhaitait ainsi que son épouse cesse de travailler pour lui "consacrer plus de temps". Un "acte d’amour", avait lancé l’avocat du prévenu.

"C’est un crime de haine"

Lors de ses réquisitions, l’avocat général a toutefois réfuté l’idée d’un empoisonnement "par amour". "C'est un crime de haine et non pas d'amour, car s'il avait véritablement aimé sa femme, il aurait arrêté dès les premières douleurs", a déclaré François Pérain. Jacky Châtelain, qui "tue" son épouse "à petit feu", est "le roi des hypocrites". "Il va la voir fondre devant ses yeux, se tordre de douleur, rien n'y fait, il ne renonce pas. Sans pitié" pour elle, a-t-il poursuivi.

"C'est un peu le ‘Divorce à l'italienne’, ou plutôt sa déclinaison locale, le ‘Divorce à la chablisienne’, c'est-à-dire, se débarrasser de son épouse par n'importe quel moyen", a-t-il ajouté en citant la comédie de 1961 de Pietro Germi.

Jacky Chatelain éprouvait de la "haine" à l'encontre de sa femme, car "il ne supportait pas son autorité", a poursuivi François Pérain. Le viticulteur a selon lui mis en place "une sorte de machine infernale", pour "tuer Josyane de manière consciencieuse et minutieuse".

Un mari "cupide"

L’avocat des parties civiles, Me Alain Thuault, a quant à lui décrit l’accusé comme un opportuniste, qui aurait cherché à tuer sa femme pour lui soutirer son héritage. "Voilà un garçon accueilli dans la famille, doté d'un patrimoine. Pendant 25 ans tout va bien et puis cette belle machine va s'interrompre et va tourner au drame", a plaidé l'avocat.

Dénonçant le discours "sans queue, ni tête" de Jacky Châtelain, Me Alain Thuault a parlé d'une "mort programmée par l'accusé", qui a été pris par l’engrenage de la "cupidité" et du "démon de la quarantaine", en référence à sa liaison extraconjugale au moment des faits. "Par le biais de la suppression de son épouse, il disposait de ses capitaux", a-t-il conclu.