Des défunts mal traités

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Des défunts mal traités
Une entreprise de pompes funèbres en action.@ MAXPPP
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ENQUETE - Deux employés mettent en cause leur entreprise située en région parisienne.

Travail bâclé, normes sanitaires ignorées… Les morts ne sont pas toujours bien traités d'après les témoignages recueillis par Europe 1 auprès de deux employés d'une grande entreprise de soins aux défunts d'Ile-de-de France.

Philippe Géral, un ancien militaire, postule pour être embauché dans cette entreprise à la suite d'une annonce de l'ANPE. La rémunération est bonne : entre 2.000 et 3.000 euros. Sur le papier, la mission semble réalisable : il faut enlever des corps des défunts et faire leur toilette. Au bout de quelques jours de formation, sommaire, Philippe Géral se voit remettre une trousse à outils et une camionnette. Très vite, il se retrouve à pratiquer des actes pour lesquels il n'a jamais été formé.

"Retirer un pacemaker sans y avoir été formé"

Philippe Géral est ainsi amené à retirer un pacemaker. "J'ai fait comme à la télévision : j'ai pris le scalpel, j'ai ouvert… Le seul souci a été pour refermer parce que je ne sais pas coudre", raconte-t-il avant de dénoncer : "le respect du corps, c'est de faire cela proprement".

La gestion des déchets dans cette entreprise s'avère tout aussi douteuse. Dans un premier temps, Philippe jette les petites piles du pacemaker dans une poubelle classique avant d'apprendre que ces déchets doivent être recyclés. On lui dit de se débrouiller : aujourd'hui encore, il a chez lui une demi-douzaine de ces pacemakers dont il ne sait que faire.

Son collègue Maxime Garba dénonce, lui aussi, le recyclage des soins : "le sang et tout ce que l'on peut imaginer va à l'égout, dans les toilettes, dans l'évier". Pourquoi ces procédés ? "Parce qu'il faut payer les déchets : les évacuer, les traiter, les incinérer. Les jeter comme cela, c'est gratuit, c'est tout bénéf", souligne-t-il.

Le formol ? "Trop cher" pour l'entreprise

La liste des griefs des deux employés ne s'arrête pas là : "on nous a aussi appris à simuler des soins de conservation", racontent les deux hommes, "pour économiser du temps et des produits coûteux, comme le formol".

Du coup, l'un a préféré partir avec une indemnité après "des pressions morales" tandis que l'autre a saisi l'inspection du travail et attaque l'entreprise aux prud'hommes.

Leur entreprise, elle, a changé de propriétaires, mais leurs patrons, l'ancien et le nouveau, contactés par Europe 1, nient les faits ou se renvoient la balle.