De la prison ferme requise contre Pasqua

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De la prison ferme requise contre Pasqua
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L'avocat général a demandé à son encontre une peine de 4 ans de prison dont 2 avec sursis.

Quatre ans de prison dont deux avec sursis ont été requis jeudi contre Charles Pasqua. L'avocat général de la Cour de justice de la République, Yves Charpenel, a également demandé 200.000 euros d'amende et une interdiction de mandats électifs à l'encontre de l'ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Balladur.

2 heures de réquisitoire

Charles Pasqua est jugé depuis le 19 avril pour avoir usé de ses fonctions Place Beauvau afin d'octroyer des avantages financiers à ses proches, dans trois dossiers de malversations financières.

"Ces trois dossiers ne montrent aucune âpreté personnelle au gain, ni aucune volonté d'enrichissement crapuleux", a d'abord estimé Yves Charpenel qui a ensuite dénoncé une "faiblesse" de Charles Pasqua : "celle de la passion politique qui lui a fait perdre de vue les limites de la probité publique que ne pouvait ni ignorer ni sous estimer un homme de cette stature et de cette expérience".

"Ce grand ministre n'a pas su résister aux opportunités que cette fonction lui offrait de favoriser ceux qui lui étaient chers", a-t-il ajouté.

Des affaires de malversation

Qualifiant une nouvelle fois Charles Pasqua d'homme "de caractère, d'expérience, un organisateur, un combattant", l'avocat général a enfin considéré que la culpabilité de l'ancien ministre était établie dans les trois dossiers étudiés par la Cour de justice de la République.

Charles Pasqua est accusé de "corruption passive" dans l'autorisation d'exploitation du casino d'Annemasse - ce qui lui aurait permis de financer plus tard son parti, le Rassemblement pour la France -. Il est également poursuivi pour "complicité et recel d'abus de bien sociaux" dans les affaires des contrats de la Sofremi, société de matériel de police liée à l'Intérieur, et de l'autorisation du déplacement du siège de GEC-Altsthom.

Plaidoiries fleuve

Le sénateur UMP des Hauts-de-Seine proteste de son innocence depuis le début de l'instruction et campe sur cette position depuis l'ouverture du procès. Il estime avoir été trahi par des collaborateurs malhonnêtes qui seraient les véritables ordonnateurs de ces malversations.

Ses trois avocats ont d'ailleurs livré une plaidoirie fleuve pour dénoncer le vide du dossier d'accusation. Pour maître Leon Lev Forster, l'avocat général s'est contenté d'une "démonstration impressionniste" sans établir la culpabilité du prévenu. En cela, il s'est inscrit dans le fil d'une instruction menée pour "abattre" l'ancien ministre, moyennant un véritable "guet-apens judiciaire", a déploré maître Pierre Haïk.

Face à cette "construction intellectuelle où les doutes et suspicions forgent des certitudes", maître Forster a exhorté les juges à se débarrasser des "préjugés et des rumeurs". Charles Pasqua, reprenant la parole pour une brève conclusion, a simplement rappelé à la cour : "vous ne me devez rien, vous devez vous déterminer en votre âme et conscience. Moi j'ai ma conscience pour moi, j'ai servi mon pays, et je ne regrette rien.

Verdict attendu vendredi

Juste après les plaidoiries, les quinze juges de la CJR entreront en délibéré. Ils rendront public leur verdict vendredi en milieu de journée, à moins que, faute d'accord, il ne soit prorogé.

Charles Pasqua, 83 ans, encourt jusqu'à 10 ans de prison.