Corse : comment protéger les "repentis" ?

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Corse : comment protéger les "repentis" ?
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ZOOM - La proposition a été faite par Taubira et Valls pour endiguer la criminalité.

• L'info. Bien déterminés à lutter contre la criminalité organisée en Corse, les ministères de la Justice et de l'Intérieur travaillent à un projet de décret visant à mieux protéger les "repentis souhaitant sortir de la criminalité organisée". A lire sur le sujet - Manuel Valls et la mafia Corse

>>> Europe1.fr vous décrit ce statut bien particulier qui pourrait voir le jour en Corse

• C'est quoi ce statut ? Les repentis, également qualifiés de "collaborateurs de justice", sont des personnes ayant été impliquées dans des affaires criminelles et qui acceptent à présent de collaborer avec les autorités policières ou judiciaires. Grâce à leurs informations, les enquêteurs peuvent ainsi éviter la réalisation d'une infraction, la faire cesser ou en identifier les auteurs. "Il peut être un moyen d'obtenir des éléments permettant d'élucider certaines affaires", commente le président de l'Union syndicale des magistrats Christophe Régnard, interrogé par Le Nouvel Observateur. En échange de leur collaboration, régie par un ensemble de règles, ces témoins bien particuliers obtiennent différents avantages, allant de la réduction de peine à l’annulation de peine pure et simple. Les repentis bénéficient par ailleurs d’une protection en cas de menace pour leur vie et celle de leur entourage.

C'est nouveau ? Eh bien non, ce statut de repenti existe en réalité déjà. Il a été créé par la loi Perben 2 de 2004, mais le décret d'application n’a en fait jamais été signé et par conséquent la loi n’a jamais été mise en œuvre. 

• Et pourquoi ça n'a jamais été appliqué ? "Sans nul doute en raison de son coût élevé", estime Christophe Régnard qui réclame depuis des années l’application du statut de repenti.

• Ça marcherait comment en Corse ? Manuel Valls et Christiane Taubira souhaitent travailler en amont, en surveillant par exemple les secteurs à risque comme le BTP ou le tourisme, une économie légale mais où de nombreux mafieux reconvertis se sont réinsérés. La surveillance de ces secteurs et la collecte des informations devrait être confiée à la Chambre régionale des comptes et aux services du fisc, indique Le Parisien

• La surveillance des ex-mafieux, c'est suffisant ? Non pour Christophe Régnard : "il faut assurer la sécurité [du repenti], 'l'anonymiser' et le fondre dans la population, parfois changer son état civil, le faire déménager, lui assurer une protection financière, réorganiser sa vie, ..." énumère-t-il au Nouvel Observateur. Manuel Valls a justement précisé que le projet de loi prévoyait la possibilité d’accorder aux repentis une identité d'emprunt. "S’ils en font la demande, ils seront protégés", assure le ministre de l’Intérieur qui appelle à la "patience".

• Et à l’étranger, ça se passe comment ? Huit pays disposent du statut de repenti ou envisage de le mettre en place très prochainement : l'Allemagne, l'Angleterre et le Pays de Galles, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et les États-Unis. "Le dispositif du repenti est directement inspiré du système anglais du ‘témoin de la Couronne’, lui-même adapté aux États-Unis", peut-on lire sur le site du Sénat. Ce statut est notamment très employé en Italie. Mis en place à la fin des années 70 pour lutter contre le terrorisme, le statut de repenti a été étendu peu à peu à tout le domaine de la criminalité organisée, la mafia en premier lieu et même au-delà.