Comment les banlieues ont flambé

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Comment les banlieues ont flambé
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VIDEO - Il y a cinq ans, la mort de Zyed et Bouna provoquait des émeutes sur tout le territoire.

Il y a cinq ans jour pour jour, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, mourraient électrocutés dans un transformateur électrique en essayant de fuir la police. Le point de départ de trois semaines d’affrontements entre jeunes et forces de l’ordre, localisés dans un premier temps dans la région parisienne puis étendus à toutes les banlieues du territoire. Récit.

Un drame à Clichy-sous-Bois

27 octobre 2005, Clichy-Sous-Bois, aux alentours de 17h. Une dizaine de jeunes reviennent d’un match de foot. Sur leur chemin, ils passent à proximité d’un chantier. Un riverain prévient la police, s’inquiètant d’une tentative de vol. Un véhicule de la BAC est dépêché sur place. Le groupe se disperse. Trois d’entre eux se réfugient dans un local EDF, après une course poursuite avec la police. Zyed Benna et Bouna Traoré meurent électrocutés après s'être introduits dans le transformateur électrique.

A Clichy-sous-Bois, l'information gagne les cités. Les premières violences se déroulent la nuit même du drame, dans les quartiers du Chêne-Pointu et du Bois-du-Temple. 23 voitures sont incendiées.

Le lendemain, les médias relatent les premières échauffourées :







Le Premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy excluent d’emblée toute faute policière. "Aucun policier ne poursuivait ces jeunes gens, il n’y a aucune polémique à entretenir" déclare t-on Place Beauvau. "Il s’agit, selon les indications qui m’ont été données, de cambrioleurs qui étaient à l’œuvre", ajoute le Premier ministre.

La propagation des violences

Le 30 octobre, une grenade lacrymogène appartenant à la police pénètre dans une mosquée de Clichy-sous-Bois. L’émotion est considérable. Les émeutes gagnent Montfermeil, Aulnay-sous-Bois, Sevran, Le Blanc-Mesnil.

En déplacement à Bobigny, Nicolas Sarkozy promet la plus grande fermeté dans les quartiers sensibles. " Il ne faut pas faire d'amalgames, il y a un certain nombre de gens qui se sont comportés comme des voyous et qui seront traités comme tels. Et il y a des jeunes qui veulent s'en sortir".

Nicolas Sarkozy promet la tolérance zéro :







Dans la nuit du 2 au 3 novembre, la situation s’envenime un peu plus. Une femme handicapée est grièvement brûlée dans l'incendie d'un autobus à Sevran. Les violences urbaines se propagent à travers le pays. Dix jours après le début des affrontements, on recense 274 communes touchées par les émeutes.

L’état d’urgence décrété

Le 8 novembre, le gouvernement décrète l’état d’urgence dans 25 départements. Les couvre-feux se multiplient dans le pays. Lors d'un Conseil des ministres anticipé, le 14 novembre, l'état d'urgence est prolongé de trois mois.

Dominique de Villepin fait une déclaration solennelle à l’Assemblée :







Jacques Chirac décide de monter au créneau le 14 novembre. En direct de l’Elysée, le chef de l’Etat s'adresse aux Français à 20 h. L’allocution télévisée sera suivie par 20 millions de téléspectateurs. Un record.

"Ces événements témoignent d’un malaise profond" déclare le président :









Le 17 novembre, après 21 jours de violences, le gouvernement déclare que la situation est revenue à la normale. Selon un bilan définitif livré par le ministère de l’Intérieur, 9.000 voitures ont été incendiées, une centaine de bâtiments publics endommagés, 130 membres des forces de l'ordre blessés et 3.000 personnes interpellées. L’état d’urgence ne sera pourtant levé que le 4 janvier 2006.

A chacun son lexique

La lecture de ces évènements n’a pas été la même en France et à l’étranger. Dès les premiers jours des violences, la presse outre-Atlantique s’empare du sujet, diffusant en boucle les images de cités à feu et à sang et évoquant l’intégration ethnique dans les banlieues françaises. Une interprétation réfutée par Dominique de Villepin, quelques jours après la fin des violences. Dans une interview accordée à CNN le 29 novembre 2005, le Premier ministre récusera le terme d’émeutes, préférant parler de "troubles sociaux graves". "Je ne suis pas sûr que nous puissions parler d'émeutes. C'est très différent de la situation que vous avez connue en 1992 à Los Angeles. Vous aviez eu à l'époque 54 personnes tuées et 2.000 autres blessées", expliquera t-il à son interlocutrice. Avant d’ajouter : "En France, pendant ces deux semaines de troubles, personne n'est mort".