Combat de maîtres autour d’une boîte de conserve

  • A
  • A
Combat de maîtres autour d’une boîte de conserve
@ MAXPPP
Partagez sur :

Deux ténors du barreau s’affrontent à Paris après la découverte d’une lame dans une conserve.

Deux fines lames du barreau avaient rendez-vous au tribunal de Paris lundi matin. Me Ludot et Me Metzner ont en effet ferraillé l’un contre l’autre dans l’affaire de la lame de cutter découverte par un couple de retraités du Maine-et-Loire dans une boîte de conserve lors de la Saint-Sylvestre.

Le plaignant, résidant à Ponts-de-Cé est catégorique. "Je n'invente rien. Nous étions attablés pour le déjeuner le 31 décembre lorsque j'ai senti comme un bout d'os dans un morceau de viande. Je me suis mis à saigner juste devant ma femme et j'ai sorti de ma bouche cette lame ", avait expliqué début janvier Christian Vest, âgé de 70 ans.

Me Metzner juge l’accusation "fantaisiste"

Dans le camp de William Saurin, Me Olivier Metzner, le conseil habituel du groupe, a du mal à avaler la version du plaignant. Selon lui, les déclarations de Christian Vest sont "invraisemblables" et la poursuite engagée "fantaisiste". Y avait-il une lame de cutter dans la boîte de conserve? "Je me pose sérieusement la question", répond-il, en faisant remarquer qu'il est difficile de porter en bouche une lame de 6 cm sur 1,5 cm.

De plus, toute la marchandise William Saurin est passée au détecteur à métaux et rien n'est apparu, selon Me Metzner.  Peu après les faits dénoncés, la société avait en effet indiqué avoir procédé à des vérifications, sans rien trouver d’anormal. "Nous ne nous expliquons pas comment une lame de cutter ait pu se retrouver dans une boîte", avait indiqué l'industriel.

Me Ludot réclame une expertise médicale

De son côté, Me Emmanuel Ludot n'a pas fait la nuance durant l'audience qui a duré une quinzaine de minutes. Il a assuré que la lame avait "dévasté la bouche" de son client. Traumatisé, celui-ci serait devenu impuissant à la suite de l'accident et nécessiterait une voiture spécialement aménagée pour les handicapés.
"Le juge saura faire la part des choses entre les gesticulations de l'agro-alimentaire et deux petits consommateurs qui essaient de se défendre", a affirmé Maître Ludot au micro d'Europe1.

Un témoignage qui sème le doute

Mais un nouvel élément troublant est venu s’ajouter au dossier. Il s’agit, selon Me Metzner, d’un appel téléphonique anonyme passé au service consommateurs de William Saurin. Au bout du fil, un installateur de lino qui aurait expliqué avoir travaillé chez le couple Vest peu avant les faits et y avoir laissé des cutters. Selon l'avocat, la boîte de conserve, "qui était tordue", a "pu être ouverte avec le cutter".

Un argument balayé d’un revers de main par Me Ludot. A présent, "William Saurin devient Nestor Burma", a ironisé à l’audience Me Ludot, accusant l'entreprise de "monter une opération très scabreuse qui consiste à dire que les époux Vest sont des affabulateurs". Selon lui, l'installateur de lino aurait tout bonnement été "briefé" par le groupe.

Dans ces débats à couteaux tirés, c’est le juge des référés qui tranchera.  Il dira le 19 mars s'il prend ou non au sérieux les accusations du couple de retraités.