Chirac, un procès historique

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Chirac, un procès historique
Jacques Chirac, premier ancien président de l'histoire de la République a être jugé.@ MAXPPP
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L’ex-Président comparaît à partir de lundi pour des emplois présumés fictifs à la Mairie de Paris.

C’est une première dans l’histoire de la République auxquelles s'apprêtent à assister, lundi, les observateurs du procès des emplois présumés fictifs de la Mairie de Paris. Car sur le banc des prévenus va prendre place, aux côtés de neuf autres accusés, un ancien président, Jacques Chirac. L’ex-chef de l’Etat, âgé de 78 ans, comparaît pour "détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêt". Durant les débats, prévus pour dure jusqu’au 8 avril, 28 contrats douteux, passés entre 1992 et 1995, seront passés au crible par le tribunal.

Maire de Paris de 1977 à 1995, président de la République de 1995 à 2007, Jacques Chirac encourt en théorie jusqu'à dix ans de prison, 150.000 euros d'amende et une inéligibilité éventuelle. Mais dans les faits, l’ex-Président, en raison de son âge et de l’ancienneté des faits, risque plutôt une peine de prison avec sursis et éventuellement une amende. L'enjeu est donc surtout symbolique, le procès devant aborder les méthodes reprochées à Jacques Chirac. Et définir en partie la trace que laissera ce pilier de la Ve République, qui fut aussi deux fois Premier ministre et cinq fois ministre

Pas d’accusation

Si Jacques Chirac a toujours dit qu’il assisterait aux audiences, le doute subsiste toutefois sur sa présence, son état de santé ayant récemment été questionné dans les médias. L’ancien chef de l’Etat a d’ailleurs été dispensé par le tribunal de la première journée où le fond ne sera pas abordé. Un projet de calendrier du procès prévoit tout de même qu'il soit présent à la plupart des audiences.

Fait rare, Jacques Chirac n’aura face à lui aucune accusation, puisque le parquet soutient depuis la fin de l'instruction en 2009 qu'aucune infraction n'a été caractérisée par l'enquête. Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui fut haut fonctionnaire au ministère de la Justice sous la présidence de Jacques Chirac, viendra en personne expliquer son analyse juridique de l'affaire lundi. Comme Philippe Courroye à Nanterre dans l'autre volet de l'affaire, il a requis un non-lieu et Jacques Chirac ne doit donc sa présence au tribunal qu'à deux juges d'instruction qui ont refusé de suivre ces deux procureurs.

De Gaulle, Debré et Blondel sur le banc

Fait encore plus rare, le banc des parties civiles sera quasiment vide. Le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë a en effet retiré la constitution de partie civile de la Ville de Paris. Un accord a été passé sur un remboursement de 2,2 millions d'euros au titre de 21 emplois litigieux de "chargés de mission", 500.000 euros à la charge de Jacques Chirac et le reste à celle de l'UMP. L'UMP avait déjà remboursé 889.000 euros en 2005 à la Ville pour les emplois visés dans le second volet de Nanterre. Seule l'association anticorruption Anticor sera partie civile et son avocat Jérôme Karsenti sera donc seul pour porter la contradiction à l'ex-Président.

Mais Jacques Chirac ne sera pas seul sur le banc des prévenus. Et quelques-uns des co-accusés ne sont pas des anonymes. Michel Roussin, ancien ministre, déjà condamné dans l’affaire des marchés publics d’Ile-de-France, sera en effet de la partie. Comme Jean de Gaulle, petit-fils du général, ou François Debré, fils de Michel Debré, rédacteur de la Ve République. Enfin, Marc Blondel, ancien secrétaire général du syndicat Force ouvrière, comparaîtra également, pour avoir fait prendre en charge, de 1992 – 1998, son chauffeur et son garde du corps par la mairie de Paris.