Chez les traders, la fête est finie

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Chez les traders, la fête est finie
Plus de 100.000 emplois vont être supprimés cette année dans les banques du monde entier.@ Maxppp
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ENQUETE -  Le secteur bancaire est en crise et les licenciements devraient être nombreux

Rien ne va plus dans les banques. On restructure, on licencie à tours de bras. Selon un cabinet spécialisé, les bonus des traders vont chuter cette année de 35 à 40 %. Les salaires, eux, devraient baisser de 30 %. Les banques sont donc obligées de totalement se réorganiser.

Une crise sur une génération

"On a passé la crise des subprimes, la crise des marchés asiatiques, mais là, on est dans une toute autre ampleur. Nous sommes partis pour 15 à 20 ans de crise", a confié sur Europe 1 un trader qui exerce son métier depuis 25 ans.

En fait, le vrai problème c'est qu'aujourd'hui, la fonction même des banques, le crédit, est en crise. Du coup, elles doivent revoir leur structure dans la durée. Résultat : elles licencient.

Licenciement à tour de bras

Plus de 100.000 emplois vont être supprimés cette année dans les banques du monde entier. Le Crédit suisse par exemple devrait supprimer 3.500 postes. Chez HSBC, ce sont 30.000 départs qui sont programmés. BNP Paribas prévoit de se séparer de 1.400 salariés, le japonais Mizuho 3.000 et la liste pourrait encore s'allonger.

A Wall Street, une banque a déjà licencié 250 personnes. C'est tout un étage de son gratte-ciel qui a été vidé quasiment du jour au lendemain. Tout un symbole.

"Je ne pourrais pas retrouver le même salaire"

Dans les salles de marchés, l'ambiance est lourde. Le temps de la splendeur et des bonus extravagants est révolu. "Aujourd'hui, on peut perdre son job en quelques heures",  a confié un trader dans une grande banque française au micro d’Europe 1.

"Il y a des plans sociaux, c'est comme un gâteau qui se rétrécit, où, à un moment donné, il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Si je me faisais virer aujourd’hui, mon niveau de vie diminuerait drastiquement parce que je ne pourrais pas retrouver le même salaire", enchaîne le trader.

"Réorganisation", c'est le mot qui circule dans les banques en ce moment. On restructure, on demande aux gens de changer de métier. C'est ce qui est arrivé à Patrick. Il était dans l'administratif et du jour au lendemain, il a dû devenir commercial, comme la moitié des employés de son ancien service.

"Si je refusais la troisième proposition, et bien c’était la porte"

"J’ai reçu un courrier qui m’enjoignait de rejoindre le réseau commercial. J’avais le droit à trois offres et si je refusais la troisième proposition, et bien c’était la porte. Du jour au lendemain, je me retrouve quasiment dans une agence. Là, un point est fait : ‘aujourd’hui, il va falloir faire tant d’assurances, tant de prêts perso, tant de cartes parce qu’on est en retard par rapport au voisin’. Et le soir, il y a relevage de compteur", a confié Patrick Saurin à Europe 1.

Et ce délégué syndical SUD parle même d'une hausse des tentatives de suicide dans sa banque, la Caisse d'Epargne en Ile-de-France. Une information que dément formellement la direction nationale de la Caisse d'Epargne. En conséquence, il appelle avec d'autres syndicats à une grande grève dans le secteur bancaire mercredi.

Des répercussions jusqu’au guichet

Les répercussions de ces restructurations toucheront même les agences avec lesquelles les particuliers sont en relation. Mais ces mutations ont déjà pour partie commencé depuis longtemps dans les agences. On peut notamment constater l’automatisation de plusieurs tâches administratives. Mais le gros changement provient surtout du développement de la banque en ligne.

Gérez ses comptes soi-même en ligne provoque automatiquement une baisse de l’activité du personnel de l’agence. Donc plus on passe par Internet, moins il y a de personnels en agence. Et cette situation ne devrait pas s’améliorer.