Charlie Hebdo caricature encore Mahomet
Charlie Hebdo caricature encore Mahomet

Jean-Marc Ayrault a dit sa "désapprobation". L'hebdomadaire invoque la liberté de la presse.

Charlie Hebdo alarme le gouvernement. L’hebdomadaire satirique publie mercredi, des caricatures du prophète Mahomet, alors qu’une flambée de violences secoue le monde musulman en raison d’un film anti-islam. Sur sa page Facebook, Charlie Hebdo assume : "Pour calmer le jeu après le film Innocence of muslims, Charlie annonce avant tout le monde la sortie d’Intouchables 2".

>> Le film anti-islam bloqué mais pas retiré

Charb, dessinateur 930x620

Sur la couverture du journal figure un musulman en fauteuil roulant, poussé par un juif orthodoxe. Les caricatures du prophète sont situées en quatrième de couverture, et représentent notamment "Mahomet avec un nœud papillon, qui s’apprête à lire la liste des nominés pour l’Oscar du meilleur film anti-musulman", explique à Europe 1 le directeur de Charlie Hebdo, Charb.

>> L'interview de Charb à Europe 1

"Désapprobation" d’Ayrault

ayrault 930

© Max PPP

Les dessins ne sont pas du goût du gouvernement. Avant même leur publication, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a exprimé sa "désapprobation face à tout excès" dans "le contexte actuel". Un appel à manifester samedi prochain près de l’ambassade des États-Unis à Paris, et dans d’autres villes de France, circule en effet sur les réseaux sociaux.

Jean-Marc Ayrault "en appelle à l’esprit de responsabilité de chacun" et souligne que si la liberté d’expression "constitue l’un des principes fondamentaux de notre République", elle s’exerce "dans le cadre de la loi et sous le contrôle des tribunaux, dès lors qu’ils sont saisis".

Dalil Boubakeur monte au créneau

Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, s’est de son côté dit "contre toute provocation", "surtout dans une période aussi sensible que celle-là". En visite au Caire, il a ajouté : "il y a des lois en France, qui ne sont pas les mêmes que les lois ailleurs, qui permettent un certain nombre de choses et qui excluent un certain nombre de choses".

Quant au recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, il a lancé un "appel au calme" mardi soir et appelé "à ne pas verser de l'huile sur le feu". Il affirme aussi avoir appris "avec beaucoup d'étonnement, de tristesse et d'inquiétude une publication qui risque d'exacerber l'indignation générale du monde musulman". Et le Conseil français du culte musulman (CFCM) s'est dit "consterné" par la publication de "dessins insultants" pour Mahomet.

Liberté de la presse

redaction de charlie hebdo incendiée REUTERS 930620

© REUTERS

L’hebdomadaire, dont les locaux ont été détruits en novembre dernier après s’être rebaptisé Charia Hebdo pour un numéro, s’est défendu mardi en invoquant la liberté de la presse. "Si on commence à dire ‘on ne peut pas dessiner Mahomet’, ensuite il ne faudra pas dessiner des musulmans tout court", a expliqué Charb au micro d’Europe 1. En 2006, l'hebdomadaire avait déjà publié des caricatures de Mahomet.

"Ensuite il ne faudra pas dessiner quoi ? Des cochons, des chiens ? Ensuite il ne faudra pas dessiner des êtres humains ?", a poursuivi le patron du journal satirique, pour qui "si on commence à céder sur un détail, c’en est fini de la liberté de la presse".