Ces Français qui font les poubelles
Toutes personnes qui seraient surprises à fouiller dans les poubelles encourent une amende de 38 euros. © Max PPP

ENQUETE - A Nogent, les glaneurs risquent une amende. La pratique se développe pourtant.

La décision du maire UMP de Nogent-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, n'est pas passée inaperçue. Mercredi, Jacques J.P Martin a pris un arrêté pour interdire le glanage dans toutes les poubelles de sa commune. Toute personne surprise à fouiller dans les poubelles encourt une amende de 38 euros. La pratique du glanage est pourtant de plus en plus répandue.

Accusé de mener "une chasse aux pauvres", le maire se défend. "J'ai pris un arrêté pour interdire la fouille des poubelles pour des motifs de santé et de tranquillité publiques", a argumenté le maire UMP de cette commune cossue près de Paris.

"Ça fait mal au cœur"

Les commerçants de Nogent sont donc contraints d'adopter des mesures spécifiques pour éviter aux personnes de fouiller dans les poubelles. Interrogée par Europe 1, une employée d'une grande enseigne raconte : "tous les yaourts, tous les jambons, tous les plats cuisinés, le pain, on est obligé de l'ouvrir pour qu'ils ne le prennent pas. Sur la viande, on est même obligé de mettre de l'eau de javel."

L'employée reconnaît au micro d'Europe 1 que ces mesures "font mal au cœur". "Quand on sait que les Restos du Cœur attendent énormément de dons de nourritures et qu'on n'est pas capable de leur donner, c'est malheureux", a-t-elle commenté.

Le maire de Nogent argumente de son côté que ce ne sont pas forcément les plus démunis qui fouillent dans les poubelles. "Depuis plusieurs mois, certaines personnes fouillent les conteneurs et les renversent sur la voie à la recherche d'objets qui pourraient être commercialisés. Il ne s'agit pas de personnes à la recherche de nourriture", a justifié l'édile.

Le glanage, une pratique répandue

Interrogé par Europe 1, un marchand de fruits et légumes parisien fait le même constat. Le glanage ne concerne pas seulement les personnes les plus démunies. "Il y a des gens qui sont très bien. Souvent, ce sont des étrangers ou des SDF. Mais il y a aussi des gens très bien habillés."

Les commerçants constatent en effet que de plus en plus de personnes, issues de différents milieux, viennent glaner à la fin des marchés, ou à la fermeture des magasins. "Il y a des gens qui attendent, qui font la queue pour pouvoir ramasser. Ils nettoient avec leurs couteaux, à même la table, à même les déchets. Ils se jettent tous dessus", a raconté le marchand de fruits et légumes.

"Faire en sorte d'être discret"

Europe 1 a rencontré l'un d'entre eux. Ce retraité de 74 ans explique pourquoi il préfère se nourrir "en solitaire" plutôt que d'avoir recours aux associations. "Les Restos du Cœur sont archi-sollicités. Donc je navigue seul. Je fais en sorte de faire ce que j'ai à faire discrètement", a confié le vieil homme. "Aujourd'hui, j'ai récupéré un peu de tomate, de la salade, quelques chutes de poireaux. Dans toutes les mesures où l'on peut économiser, on économise", a-t-il ajouté.

Mais le maire de Nogent-sur-Marne n'est pas le seul élu à avoir mis en place cet arrêté, entré en vigueur le 1 octobre. En août dernier, le maire UMP de La Madeleine, dans le Nord, avait interdit le glanage dans sa ville.