"Casse-toi pov'con" n'est pas un délit

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"Casse-toi pov'con" n'est pas un délit
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La Cour européenne des droits de l'Homme estime que la France a violé la liberté d'expression.

Nicolas Sarkozy peut lui aussi se voir adressé un "casse-toi pov'con". La Cour européenne des droits de l'Homme a estimé, dans une décision rendue publique jeudi, que la France avait violé la liberté d'expression en condamnant pour offense à Nicolas Sarkozy l'homme qui avait brandi en 2008 une affichette "casse toi pov'con" lors d'une visite présidentielle à Laval. La CEDH a jugé "disproportionné" le recours à une sanction pénale, qui risque selon elle d'avoir "un effet dissuasif sur des interventions satiriques qui peuvent contribuer au débat sur des question d'intérêt général".

Condamné à une amende en France. L'affaire remonte à août 2008. Sur le parcours du président de la République de l'époque, en visite à Laval, Hervé Eon exhibe un écriteau où est inscrite l'invective. Ce militant de gauche fait évidemment référence au désormais célèbre "Casse-toi pov'con" prononcé quelques mois plus tôt par Nicolas Sarkozy lui-même, au Salon de l'agriculture, à l'adresse d'un visiteur qui refusait de lui serrer la main en lui disant "ah non, touche-moi pas".

Depuis cette sortie, les mots du chef de l'Etat ont souvent été détournés en slogans hostiles à son encontre. Une "reprise" qui a valu à Hervé Eon, un ex-travailleur social proche des mouvements altermondialistes, d'être poursuivi pour offense au chef de l'État. En novembre 2008, il avait été condamné à une "amende de principe" de trente euros avec sursis. Une décision confirmée par la suite en appel, et pour laquelle Hervé Eon n'avait pas obtenu de pourvoi en cassation.

Des moqueries "inévitables" pour la justice européenne. De son côté, la Cour européenne des droits de l'Homme a estimé que la phrase en cause était "littéralement offensante à l'égard du Président de la République", mais qu'elle ne constituait pas pour autant "une attaque personnelle gratuite". Les juges considèrent qu'il s'agit plutôt d'une critique "de nature politique" de la part de ce militant de gauche, à laquelle un homme politique s'expose "inévitablement et consciemment".

En reprenant une phrase prononcée par le président lui-même, Hervé Eon a par ailleurs "choisi le registre satirique", a ajouté la Cour. "Sanctionner pénalement des comportements comme celui de Hervé Eon est susceptible d'avoir un effet dissuasif sur des interventions satiriques qui peuvent contribuer au débat sur des questions d'intérêt général", a-t-elle poursuivi. Et le recours à une sanction pénale était donc "disproportionné", a-t-elle conclu.