Burqa : une interdiction mal préparée

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Burqa : une interdiction mal préparée
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Malgré un large écho médiatique, les fonctionnaires n’ont pas été préparés à l’application de la loi.

"La République, c’est à visage découvert". En application de la loi interdisant les tenues qui "rendent impossible l'identification de la personne", cette affichette doit désormais être visible dans tous les lieux publics pour prévenir les usagers. Mais du côté des gestionnaires des services publics, cette nouvelle règle a été peu anticipée.

Le texte prévoit une amende de 150 euros pour les porteuses de voile intégral couvrant tout le corps à l'exception des yeux. La nouvelle loi, qui concernerait environ 3.000 personnes en France, a reçu un large écho médiatique et politique. Mais les premiers concernés, qui gèrent les bâtiments publics, ont-ils été prévenus et formés à cette problématique ?

A Vénissieux, la débrouille

A Vénissieux, en Rhône-Alpes, c’est chose faite : deux panneaux ont été affichés à l’entrée de la mairie. Mais si, au total, une centaine d’affichettes ont été apposées dans tous les services, c’est parce que l’équipe municipale y a pensé. N’ayant pas reçu les posters du ministère de l’Intérieur, il a fallu les télécharger et les imprimer à la hâte.

"On est allé le chercher sur le site du gouvernement et nous les avons imprimé par nos moyens. Il y avait donc une part d’improvisation, un peu de flou dans la mise en œuvre", a témoigné sur Europe 1 Joël Merico, directeur général de la mairie de Vénissieux.

"Un climat d’improvisation"

En région lyonnaise, ces dernières sont bien disponibles, mais l’application de la loi est toujours en discussion. "On doit en discuter parce qu’on doit les distribuer dans des sites extérieurs à la Caisse d’allocations familiales (Caf) et je ne sais pas si les lieux (où doivent être accrochées les affichettes) vont vouloir", a explique sur Europe 1 Caroline, une employée de la Caf.

A Roubaix et Tourcoing, dans le Nord, les chargés d’accueil n’en savent pas plus. La mairie de Tourcoing a pourtant mis en place en novembre 2010 un conseil extra-municipal de la laïcité et du vivre ensemble, dont le but est de conseiller la mairie : la burqa était l’un des sujets à l’ordre du jour de la dernière réunion, le 28 mars.

"C’est dans un climat d’improvisation que paraît s’ouvrir la phase d’application", résume La Croix lundi matin. Le quotidien, qui a envoyé un reporter à Saint Denis, en région parisienne, a pu observer les débuts poussifs de cette loi. "On n’a reçu aucune instruction", expliquait une employée de l’accueil de la mairie. Même constat du côté de Marseille, où "on a reçu aucune consigne" ni affichettes. "Ca vient de la préfecture, il faut voir avec eux", concluent les services de la mairie.

Ce sont en effet les préfectures qui ont reçu mi-mars les affichettes de la part du service d'information du gouvernement, avec pour mission de distribuer ensuite le matériel dans les collectivités locales. Faute d'avoir été contactées, les mairies vont donc devoir imprimer les documents sur le site officiel de la campagne d'information.