Brétigny : l'enquête pointée du doigt

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Brétigny : l'enquête pointée du doigt
Plusieurs anomalies ont été relevées au cours l'enquête sur l'accident ferroviaire de Brétigny, selon Le Figaro@ MaxPPP
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Plusieurs anomalies ont été relevées au cours de l'enquête sur l'accident ferroviaire .

L'info. Deux mois après le déraillement d'un train à la gare de Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne, qui a fait 7 morts, Le Figaro révèle une série d'anomalie survenues pendant l'enquête préliminaire. Le quotidien a pu consulter des documents dans lesquels les juges d'instruction en charge du dossier se plaignent d'erreurs et de manquements commis au cours de la première phase d'enquête, avant leur saisine.

Une enquête préliminaire critiquée. Dans un rapport, rédigé après une visite des juges d'instruction sur les lieux du drame, deux semaines après l'accident, les magistrats distillent des petites phrases qui laissent entrevoir leurs critiques à peine masquées de la conduite de l'enquête préliminaire. Ils notent ainsi que le lieu de l'accident n'est toujours pas sécurisé.

"Les juges écrivent : 'l'aiguillage placé sous scellé n'est nullement sécurisé et accessible à de nombreuses personnes : ouvriers, agents SNCF'", cite ainsi Le Figaro. L'aiguillage en question est en effet recouvert d'une simple bâche et les grilles pour y accéder sont facilement franchissables. "Des conditions de protection pas idéales pour un scellé judiciaire", écrivent les juges d'instruction dans leur procès verbal.

Des scellés contestés. Parmi les autres anomalies relevées, les wagons du train accidenté ont été numérotés mais les numéros des scellés ne correspondent pas. Ou encore, un disque de frein, pouvant provenir du train qui a déraillé, a été retrouvé dans le bureau d'un agent de la SNCF. Il a été placé sous scellé par les enquêteurs plus tard.

Une anomalie sur l'aiguillage relevée. Lors de leur visite sur les lieux du drame, les juges d’instructions constatent des anomalies sur l'aiguillage. L'expert présent sur place révèle en effet une quarantaine de boulons manquants, bien plus que les deux initialement annoncés.

Mais le procureur d'Evry, Eric Lallement, assure au micro d'Europe 1 qu'il ne connait pas ces anomalies. "Ces anomalies ne sont pas énoncées, ni décrites, de quelle que manière que ce soit. Est-ce que c'est à propos du matériel ? Est-ce que c'est à propos d'autres dispositions réglementaires ? Je ne peux pour l'instant rien dire là-dessus. Les experts développeront les anomalies qu'ils ont pu constater dans leur rapport, qui devrait être rendu dans les prochains mois", détaille-t-il au micro d'Europe 1.

"Climat tendu". Ces documents, consultés par Le Figaro, laissent ainsi entrevoir le "climat tendu" entre les magistrats instructeurs et le parquet, chargé de l'enquête préliminaire. "Preuve notamment de ce climat tendu, l'absence du procureur lors du premier déplacement sur les lieux du déraillement des magistrats instructeurs le 25 juillet", note le quotidien.

Le parquet a par ailleurs refusé fin août de délivrer un réquisitoire supplétif pour "mise en danger de la vie d'autrui". Son intitulé est donc "blessures involontaires par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement sans incapacité totale de travail". Une qualification qui devrait permettre non seulement aux passagers du train mais aussi aux usagers qui se trouvaient sur le quai de la gare de se porter partie civile.

Une association de victime inquiète pour l'enquête. De leur côté, les associations de victimes disent ne pas comprendre la frilosité du procureur. L'une d'entre elles craint que la mauvaise garde des scellés compromette le reste de l'enquête. Depuis leur visite, les juges d'instruction ont d'ailleurs fait mettre à l’abri l'aiguillage sur la base militaire de Brétigny.

Pas de risques sur les aiguillages. Par ailleurs, la campagne de vérification nationale des aiguillages lancée après la catastrophe de Brétigny n'a pas décelé de risques pour la sécurité, a annoncé mercredi soir la SNCF. Celle-ci qui n'a pas réagi aux informations du Monde sur la présence d'une quarantaine d'anomalies sur l'aiguillage mis en cause à Brétigny. Sur les 484.000 attaches et 225.000 boulons vérifiés, 4% des attaches rail/traverses et 5,1% des boulons ont été resserrées préventivement, et 0,2% des boulons ont été remplacés préventivement. Depuis le 5 août, une deuxième action a été lancée sur 181 aiguillages, parmi les plus sollicités en termes de trafic et de vitesse. Ils font l'objet d'une visite hebdomadaire pour "comprendre les phénomènes éventuels de desserrage qui pourraient se produire dans un aiguillage", selon la SNCF.