Blanchiment en Corse : "rien ne bouge"

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Blanchiment en Corse : "rien ne bouge"
L'Etat peut-il lutter contre les mafias corses ? Europe1.fr a interrogé un spécialiste de la question du blanchiment d'argent.
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L'AVIS DE - Eric Vernier, spécialiste de la question du blanchiment d'argent est "pessimiste".

Dix jours après l'assassinat d'un avocat corse, le Premier ministre a annoncé lundi des mesures pour renforcer la lutte contre le crime organisé sur l'île. Jean-Marc Ayrault assure qu'"une attention particulière" sera portée à la délinquance économique et au blanchiment d'argent. Mais l'Etat peut-il lutter contre les mafias corses ? Europe1.fr a interrogé Eric Vernier*, un spécialiste de la question du blanchiment d'argent.

"On pourrait comparer la Corse à la Sicile"

Quelles sont les spécificités du blanchiment d'argent en Corse ?

Du point de vue des techniques, le blanchiment en Corse n'a rien de spécial. Les clans corses sont impliqués dans l'immobilier, le commerce de détail, les entreprises, etc. Ce qui change, c'est l'implantation des réseaux et la puissance locale des mafias. Les clans sont là depuis des siècles. D'une certaine manière, on pourrait comparer la Corse à la Sicile, sauf que sur l'île italienne, c'est toute la société qui est gangrénée.

Mais le blanchiment en Corse, n'est pas le fait que des Corses. Les mafias russes se sont implantées sur l'île depuis 2005 environ. Elles investissent surtout dans l'immobilier du côté de Porto Vecchio, c'est le plus rentable. Ces mafias compliquent l'histoire corse. Certains clans veulent mettre les Russes dehors. D'autres s'allient à eux pour faire des affaires. Mais pour les enquêteurs, c'est plus compliqué car les montages financiers sont plus complexes et plus internationaux.

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© REUTERS

"Judiciairement, policiers et juges sont aussi 'sur une île'"

Comment travaillent policiers et magistrats sur ces dossiers ?

Malheureusement, ils ont peu de pouvoir. Judiciairement, policiers et juges sont aussi "sur une île". Ils ne peuvent pas travailler de manière libre. Il est aussi très difficile d'obtenir des témoignages à cause de l'omerta. Les clans, de leur côté, usent du chantage à l'emploi. Ils font pression en disant que si on les "embête" trop, ils iront investir ailleurs.

Lutter contre le blanchiment en Corse, est-ce une cause perdue ?

Je suis assez pessimiste. Cela fait 30 ans que tous les présidents, tous les Premiers ministres et tous les ministres de l'Intérieur annoncent la même chose. Mais jusqu'à présent, on n'a pas eu grand chose. Rien ne bouge.

Il faudrait des actes - la tolérance zéro - et des moyens pour rendre la police et la justice plus indépendantes. On n'a pas forcément besoin de moyens supplémentaires mais de concentrer ceux qui sont déjà sur place sur les bons problèmes.

*Eric Vernier est l'auteur de Techniques de blanchiment et moyens de lutte (éditions Dunod)