Bac : une cuvée 2012 sans fraude ?

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Bac : une cuvée 2012 sans fraude ?
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Un an après la fuite des sujets du bac, la sécurité a été renforcée en amont et en aval des épreuves.

Pour éviter un nouveau scandale lié aux sujets du bac, le gouvernement a présenté mercredi, à cinq jours du bac, les dispositions pour "améliorer la sécurité" des épreuves. Une série de mesures qui se heurtent aux innovations technologiques et aux limites légales. Europe1.fr vous raconte ce qui a changé à chaque étape de l'acheminement des sujets du bac de 2012.

Retour sur le circuit d'un sujet, de la conception à la livraison du sujet. Des commissions de professeurs sont mobilisées dès le mois de septembre pour élaborer les sujets du baccalauréat. Les enseignants ont jusqu'à décembre pour travailler sur les sujets de l'épreuve. D'autres professeurs sont réquisitionnés pour réaliser les sujets tests en un temps inférieur à celui accordé aux élèves. Les fonctionnaires doivent ensuite donner leurs recommandations. En mars, le recteur procède au choix des sujets (1). Une fois validés par les différents académies française les sujets sont imprimés et stockés dans des lieux hautement sécurisés (2). Quelque jour avant le bac, ils sont acheminés dans un lycée où les proviseurs viennent les chercher avant de les stocker dans un coffre-fort, (3) jusqu'au jour de l'épreuve (4).

Les personnels soumis à confidentialité. Les professeurs à l'origine de la conception des sujets signent des attestations de confidentialité sur l'honneur. "Ils n'ont théoriquement même pas le droit de dire qu'il ont participé dans la confection des sujets", racontait en juillet dernier Vincent Goudet, directeur du SIEC (Service Inter académique des Examens et Concours), interrogé par 20 Minutes.

Cette année, cette mesure a été étendue à toutes les personnes qui ont accès de près ou de loin aux fameux sujets du bac. Ces dernières ont dû signer une charte de déontologie les soumettant à la plus stricte confidentialité sous peine de poursuites en cas de fuites. "Sont concernés les personnels de la Division des examens et concours, de l'imprimerie, les inspecteurs de l'Education nationale qui supervisent et les enseignants correcteurs", précise Caroline Bouhelier, directrice de la Division examens et concours, interrogée par Paris Normandie.

Quelles mesures de sécurité dans les locaux sensibles ? En réponse à la fuite survenue dans l'académie de Marseille l'an dernier, la sécurité des locaux sensibles, comme les lieux d'impression et de stockage des sujets du bac, a été harmonisée et renforcée. Les académies ont en effet élaboré un "diagnostic de sécurité" des locaux affectés à la préparation des examens. "Plus de 200.000 euros" ont été débloqués pour remédier aux "failles de sécurité".

A l'heure actuelle, les sujets du bac sont imprimés par académie, dans des lieux tenus secrets. Absents l'an dernier, des digicodes ont été installés à l'entrée des établissements et des barreaux aux fenêtres ont été posés. Dans chaque imprimerie, des vigiles sécurisent l'entrée, des portes et rideaux d'acier sont baissés et le système de vidéosurveillance est activé. "Personne ne sait où se trouve ce lieu et on tient à ce que cela reste secret pour assurer une sécurité la plus totale, comme si l'on rentrait dans un coffre de banque", commente Vincent Goudet, directeur de la maison des examens d'Arcueil, interrogé par Europe 1.

L'année passée, un ouvrier de maintenance avait récupéré les sujets du bac de philosophie restés coincés dans une imprimante, avant de les divulguer. Luc Chatel, le ministre de l'Éducation de l'époque, avait évoqué un dispositif de sécurité très variable en fonction des académies. "On a renforcé encore nos contraintes envers nos fournisseurs. Quand nous avons des personnes qui viennent maintenir ou réparer nos machines les sujets sont écartés, tout est scellé avant de sortir de chez nous, les accès sont toujours très bien protégés", indique la responsable de l'imprimerie, Françoise Dekovski, interrogée par Europe 1.

Comment sont acheminés les sujets du bac ? Une fois imprimés, les sujets sont comme scellés, mis sous plastique et stockés sur place pendant quelques semaines. Là encore, impossible de pouvoir y accéder. Ensuite, ils quittent l'imprimerie en camion de déménagement banalisés. Sous escorte, des employés suivent le véhicule en voiture.

Direction un lycée relais où tous les proviseurs viennent chercher leurs cartons munis de leur carte d'identité. Seul le proviseur a accès à ce coffre-fort où sont stockés les sujets jusqu'au jour du bac. "On ne regarde pas les sujets, ils sont scellés, donc on se contente de les transporter au coffre", témoigne François Goyet, proviseur adjointe du lycée Louise Michel de Champigny-sur-Marne, interrogée par MCE.

Quel contrôle dans les salles d'examen ? Dans certains centres d'examen, un dispositif expérimental de détection des téléphones portables, comparable au système de détection des radars, va être testé. Le but est de faire peur aux éventuels fraudeurs en adoptant des mesures dissuasives "comme pour les radars sur le bord de nos routes".   

"En clair, dans quelques endroits - de façon aléatoire et confidentielle - des outils de détection des téléphones portables et autres appareils de transmission seront mis en place", a précisé mercredi, lors d'une conférence de presse, Jean-Michel Blanquet, le directeur général de l'enseignement scolaire du ministère de l'Education. Le brouillage des ondes dans les centres d'examen étant réglementé, l'une des possibilités pourrait être l'installation de portiques détecteurs de métaux, comme dans les aéroports, a indiqué un spécialiste de la sécurisation des réseaux informatiques.

Dans les centres d'examen classiques, les "téléphones portables, smartphones et tablettes tactiles" doivent être "éteints et rangés dans le sac du candidat ou remis aux surveillants de salle". Mais la fouille des élèves et des sacs étant interdite, l'efficacité de la mesure semble limitée. Et les élèves peuvent, après le début de l'épreuve, demander à aller aux toilettes et utiliser leur téléphone.

Les professeurs s'alarment également de l'augmentation de la fraude liée aux nouveaux moyens technologiques. L'oreillette intra-auriculaire ou les lunettes avec caméra intégrée sont autant de nouvelles innovations qui favorisent la fraude. Mais sans aller jusque-là, les calculettes, autorisées pendant l'examen, peuvent receler des antisèches voire une connexion Internet.

Quid de la veille sur Internet ? En juin dernier, Luc Chatel avait proposé de mettre en place "un système de veille Internet pour détecter les fuites et les rumeurs" qui se propagent souvent à très grande vitesse, via Facebook ou Twitter. Dans une interview à MédiasÉtudiant.fr, le ministre de l'Éducation de l'époque avait précisé sa démarche. "Si on avait eu la possibilité de mettre en place un système de veille avec des mots clés et d'aller sur les blogs, des sites ou autre ; peut être que nous aurions pu être plus réactifs et changer de sujet", commentait-il. Finalement, ce projet n'a pas vu le jour, rapporte La Croix.

Quelles sanctions ? A la suite des fraudes survenues l'an dernier, les sanctions ont été renforcées. Les lycéens fraudeurs seront désormais sanctionnés par une commission de discipline académique qui devra statuer plus rapidement que lorsque les cas étaient traités par une commission dépendant de l'université.

Le candidat qui a triché s'expose à une interdiction pendant cinq ans de toute inscription dans un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat. Actuellement, le risque pénal encouru est de trois ans de prison et 9.000 euros d'amende.