Ask.fm : quand les ados la jouent "trash"

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Ask.fm : quand les ados la jouent "trash"
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Ce nouveau réseau social venu de Lettonie cartonne chez les plus jeunes. Non sans dérapages.

Fini Facebook, Twitter et Instagram : les ados s'éclatent désormais sur Ask.fm. En mars dernier, 1,3 million de Français s'y étaient inscrits, soit quatre fois plus qu'en octobre 2012, selon une étude Médiamétrie relayée par Le Monde. Le site est ainsi devenu le troisième réseau social en France en termes de temps passé, derrière Twitter et Facebook. Un succès fulgurant qui a pourtant échappé à toute une frange de la population. Et pour cause : la moitié des Français utilisateurs d'Ask.fm sont des adolescents de moins de 17 ans. Mais le phénomène n'est pas sans problème et à l'étranger le site a déjà défrayé la chronique pour ses dérives impliquant des internautes toujours plus jeunes.  Alors qu'est-ce que cet Ask.fm ? Europe 1.fr se charge de faire les présentations.

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© Capture d'écran Ask.fm

Comment cela fonctionne ? A l'opposé de Twitter, dont la finalité n'est pas toujours évidente pour les plus jeunes, le principe d'Ask.fm est extrêmement simple : les internautes communiquent entre eux en se posant des questions anonymement ("ask" signifie d'ailleurs "demander" en anglais). Et ça marche : créé en Lettonie en juin 2010, Ask.fm se classe déjà à la 91e place mondiale des sites internet selon l'agence de mesure d'audience ComScore. Avec ses 53 millions de membres en 2013 contre 5 millions en avril 2012, le site est même devenu, en trois ans, le 10e réseau mondial. Un essor qui peut également s'expliquer par le fait que chaque membre est invité à partager ses activités sur Facebook en incitant ses "friends" à le rejoindre.

Pourquoi Ask.fm séduit les ados ? D'abord, n'importe qui, sans s'inscrire sur le site, peut vous poser des questions. Et c'est dans les intrigues des cours de récrés que le concept prend toute son importance. "Cela permet de poser des questions anonymement. Des questions que l'on ne peut pas forcément poser en face à face", confie une jeune utilisatrice de 15 ans au micro d'Europe 1.

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© Capture d'écran Ask.fm

"Si l'on a un amoureux, on peut savoir s'il aime quelqu'un d'autre. Si on est fâché, on peut obtenir des renseignements comme ça", précise-t-elle. "C'est intéressant de savoir ce que les gens veulent savoir sur toi", explique une de ces camarades. "Cela peut être des questions parfois débiles comme 'quelle est ta couleur préférée ?'. Mais c'est marrant", ajoute-t-elle, convaincue.

"Savoir ce que les gens veulent savoir sur toi" :

Quand cela dérape. Mais problème : cet anonymat qui grise les adolescents n'empêche pas les dérapages inhérents à tout espace de libre expression. Et à plus forte raison sur le Net où l'insulte n'est jamais très loin. "On m'a posé des questions très blessantes du genre 'ça fait quoi d'avoir couché avec tous les mecs de ton entourage' et je me suis demandé qui cela pouvait être", assure une autre collégienne. "On m'a insulté de connasse, de salope, de choses comme ça. C'est choquant mais on ne peut rien faire, vu que l'on ne sait pas qui c'est", raconte une autre.

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© Capture d'écran Ask.fm

Un phénomène qui peut inquiéter tant le site semble peu en mesure de contrôler ses contenus. Ask.fm ne dispose en effet que de 50 modérateurs externes quand 30 millions de questions et leurs réponses sont postés chaque jour, rapporte Le Monde. Le quotidien relève également que les conditions d'utilisations ne sont disponibles qu'en anglais alors que le site se décline en 32 langues. Ainsi, peu de jeunes utilisateurs savent qu'ils peuvent désactiver l'option de réception de questions anonymes, active par défaut.

Polémiques à l'étranger. En septembre et octobre 2012, deux membres du réseau, âgée de 15 et 13 ans se sont suicidées en Irlande, victimes d'un harcèlement à l'école qui se prolongeait par des insultes sur le site. Deux mois après ce drame, la grande sœur de l'une d'elles se suicidait à son tour. Le fondateur du site s'était alors contenté d'adresser ses condoléances aux familles, en invitant les usagers à être plus "polis" et "tolérants". A la même période, un homme de 29 ans était arrêté en Bulgarie suite à une foule de signalements. Le Safer internet center Bulgare, un programme de la Commission européenne destiné de protéger les jeunes internautes, a reçu 900 appels rapportant les agissements sur le réseau de deux enfants de onze et cinq ans. Derrière ces profils, le suspect, qui a finalement été arrêté par l'anti-cybercriminalité bulgare bien que le site n'ait pas fourni l'adresse IP de l'ordinateur.

En France, le site, qui n'a pour l'heure engendré qu'une poignée de signalements, ne fait pas l'objet d'une surveillance particulière. Mais, sollicitée par Le Monde, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) dénonce les conditions d'utilisations en anglais  et compte saisir la Lettonie, où a été créée le site, "pour obtenir plus d'informations".