Arnaques en série aux péages

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Arnaques en série aux péages
Utiliser des cartes bancaires volées ou déclarer son ticket perdu et se le faire rembourser : tel est le système mis en place par des routiers.@ MAXPPP
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 Un système de fausses cartes de péages fait florès chez les fraudeurs, principalement des routiers.

La technique est parfaitement huilée. Au moment de payer au péage, les chauffeurs routiers font de fausses déclarations de perte de tickets de péage, qu'ils conservent ou s'échangent entre eux sur des aires d'autoroute. But de la manœuvre : économiser un trajet. Ce petit trafic représente un manque à gagner énorme pour les sociétés d'autoroutes, qui chiffrent leur préjudice en millions d'euros.

Longtemps impunie, cette méthode semble toutefois toucher à ses limites. Judiciaires du moins. Plusieurs procédures sont en cours. Selon Me Emmanuel Tricoire, avocat d'ASF, deux chauffeurs ont été condamnés mardi à Bayonne à de la prison avec sursis et des amendes, un dossier est en cours de renvoi à Toulouse et un certain nombre de plaintes déposées par ASF sont au stade de l'enquête préliminaire.

Le 25 mai, le tribunal correctionnel de Perpignan a condamné à huit mois de prison avec sursis un routier roumain pour une fraude aux dépens de la société des Autoroutes du sud de la France (ASF, groupe Vinci).

Trafic de cartes bancaires volées

Et, nouveauté par rapport à de précédentes décisions de justice, le camion, propriété de la société espagnole, Giraud Iberica, a été confisqué. Preuve, selon l'avocat d'ASF, Me Emmanuel Tricoire, que le tribunal n'a pas cru à la "bonne foi" de l'entreprise, laquelle, dit-il, ne peut pas ignorer les pratiques des routiers travaillant pour elle.

Selon l'avocat, le chauffeur condamné était en lien avec une vingtaine d'autres routiers impliqués dans la fraude mais qui, eux, ne se sont pas fait prendre. Une autre méthode pour ne pas payer son péage circule également : utiliser des cartes volées, achetées sur un parking en Espagne.

"Rechercher la responsabilité de la personne morale"

"Il y a une multiplication de plaintes contre les chauffeurs, qui sont les auteurs directs des infractions", note l'avocat, "mais l'essentiel de ces routiers travaillant pour la même société, il serait intéressant de rechercher la responsabilité de la personne morale".

Selon une source proche du dossier, les premières plaintes ont été déposées en 2009-2010 par la société des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR), suivie par ASF. Ces deux réseaux sont les principaux concernés, ASF estimant à elle seule son préjudice à quelque trois millions d'euros sur trois ans.