Arbitrage : "C'est un complot", dit Tapie

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Arbitrage : "C'est un complot", dit Tapie
@ CAPTURE ECRAN FRANCE 2
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VIDÉOS  - Sur France 2, l'homme d'affaires mis en examen pour "escroquerie en bande organisée" a contre-attaqué.

Ambiance électrique sur le plateau du JT de France 2. Mis en examen vendredi pour "escroquerie en bande organisée" après quatre jours de garde à vue, Bernard Tapie était interrogé au sujet de l'enquête sur l'arbitrage Tapie/Crédit Lyonnais. Dans cette affaire, l'ancien ministre est soupçonné d'avoir été favorisé dans le règlement du contentieux l'opposant à l'Etat sur la revente d'Adidas par le Crédit Lyonnais, en 1993. En 2008, un système d'arbitrage privé et coûteux lui avait en effet permis de toucher 403 millions d'euros. Europe1.fr revient sur cette interview musclée.

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Tapie "victime d'un complot". Habitué aux éclats de voix, Bernard Tapie a dénoncé avec virulence "l'acharnement médiatique" dont il a fait l'objet dans cette affaire. Placé en garde à vue pendant 96 heures la semaine dernière, l'homme d'affaires a estimé que cette période était bien "moins douloureuse que les cinq semaines" précédentes que les médias lui ont fait endurer. "Les hommes en face de qui je me suis trouvé pendant ma garde à vue ont fait un travail très professionnel, ils ont été très courtois. (...) Ça a été très long, très difficile à vivre, mais moins que les cinq semaines que les médias m'ont fait vivre auparavant. Je n'avais jamais vu un tel acharnement médiatique", a-t-il commenté.

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Plus tard, l'ancien ministre va plus loin. Évoquant l'enquête sur la sentence arbitrale dont il a bénéficié à propos de la vente d'Adidas, il se dit même "victime d'un complot". Et d'ajouter : "Je vais vous l'expliquer, c'est très simple. Le soir de la victoire de la Coupe du monde de foot (par la France en 1998, ndlr), qui a été gagnée par une équipe dans laquelle il y avait plus de la moitié qui était des Marseillais, j'ai essayé d'avoir une invitation pour la finale (...) Je n'ai pas eu le droit à une invitation. Et Didier Deschamps, quand on lui remet le trophée, sa première déclaration, il dit 'cette Coupe du monde on la doit à Bernard Tapie'. Il y a deux France monsieur, celle de ceux qui ont le droit, et celle de ceux qui n'ont pas le droit".

"Oui, c'est un complot" :

"Sarkozy a donné son feu vert". Sur le fond de l'affaire, Bernard Tapie a assuré que Nicolas Sarkozy n'était pas aux manettes de l’arbitrage privé qui lui avait permis de toucher 403 millions d'euros en 2008 et qui est aujourd'hui remis en cause par l'Etat. "Madame Lagarde (ministre de l’Économie à l'époque, ndlr) a pris la décision de l'arbitrage privé. Il n'est pas pensable que Nicolas Sarkozy n'ait pas donné son feu vert. Mais entre donner son feu vert et mener la manœuvre...", a-t-il réagi.

Bernard Tapie continue donc de clamer sa bonne foi mais reconnait toutefois de nombreuses visites à l’Elysée. "Toutes mes visites à l'Elysée, je les ai faites en passant par la porte, en passant par les conseillers de l'Elysée, en signant le registre, en ne cachant rien à personne. (…) Je peux voir Sarkozy trente fois, pas une fois je ne lui ai parlé de l'arbitrage", a assuré Bernard Tapie sur France 2.

Selon Le Monde, les enquêteurs auraient comptabilisé pas moins de vingt-deux visites à l'Elysée entre 2007 et 2009. Des informations qu'il assume et détaille dans son livre paru la semaine dernière. Selon son propre ouvrage, l’ancien président de l’OM a vu Nicolas Sarkozy "à peu près tous les deux mois, avant, pendant et après qu'il soit président de la République". "Sans être intimes ou proches, nous avons échangé", consent-il seulement.

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"Pas une fois je ne lui ai parlé de l'arbitrage :

"La relation entre Estoup et moi est nulle". L'homme d'affaires a également été interrogé sur l'un des trois juges arbitre, Pierre Estoup, mis en examen dans cette affaire et soupçonné d'avoir entretenu des liens personnels avec Bernard Tapie. Des informations démenties par ce dernier. "Je ne le connaissais pas. Il y a quinze ans, je ne savais pas qui était Pierre Estoup. A l'époque,je n'avais aucune chance de m'en sortir, j'avais été entendu sept fois par Eva Joly (juge d'instruction à l'époque, ndlr). Et là, j'apprends qu'un homme que je ne connaissais pas me soutient", détaille-t-il. C'est pour ces raisons que Bernard Tapie aurait chaleureusement dédicacé un de ses livres à Pierre Estoup.

"La relation qui va être prouvée entre Pierre Estoup et moi est nulle", a insisté Bernard Tapie. Pour prouver qu'il ne le connaissait pas à l'époque, il assure sur France 2 qu'il avait orthographié le nom d'Estoup avec un "e" à la fin. Pour rappel, voici en intégralité la dédicace de Bernard Tapie au juge arbitre Pierre Estoup : "Pour le président Pierre Estoup, en témoignage de mon infinie reconnaissance. Votre soutien a changé le cours de mon destin. Je vous remercie d'avoir eu l'intelligence et le cœur de chercher la vérité cachée derrière les clichés et les apparences. Avec toute mon affection."

Mais sur ce point,de nombreuses questions restent en suspens. Selon le Monde, l’enquête a montré que chacun avait le numéro de portable de l’autre, et que l’agenda d’Estoup mentionne un rendez-vous avec Tapie en 2006. Avant l'arbitrage, Pierre Estoup serait intervenu dans deux dossiers impliquant Bernard Tapie. Et enfin, Me Lantourne, l'avocat de Bernard Tapie aurait eu des liens professionnels avec Pierre Estoup avant l'organisation de cet arbitrage. Autant d'éléments auxquels Bernard Tapie n'a pas répondu.