Antibiotiques : les bactéries résistent, l'Europe contre-attaque

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Antibiotiques : les bactéries résistent, l'Europe contre-attaque
Marisol Touraine, la ministre de la Santé, veut faire la guerre à la surconsommation d'antibiotiques.
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SANTE - Bruxelles tire la sonnette d'alarme et prépare un plan. La France aussi.

L'alerte. Les antibiotiques ne doivent pas être automatiques. Les autorités sanitaires le répètent en boucle depuis des années. Pourtant, les Européens, et les Français au premier plan, n'ont, semble-t-il, pas encore totalement bien compris la leçon. Bruxelles a lancé un nouveau signal d'alerte le weekend dernier. Selon la Commission européenne, la résistance des bactéries aux antibiotiques, due à une surconsommation, progresse. Et elle est même responsable de 25.000 décès par an sur le Vieux continent.

La réaction. "La question de la résistance aux antibiotiques est un sujet majeur (...), il y a urgence car ce progrès majeur du 20e siècle (la mise au point des antibiotiques, ndlr) est susceptible d'être remis en cause", a réagi Marisol Touraine lundi, lors d'une conférence de presse, annonçant une contre-offensive pour réduire la consommation en France.

>> Pourquoi la résistance aux antibiotiques progresse-t-elle malgré les campagnes de sensibilisation ? Comment compte contre-attaquer le gouvernement? Et l'Europe ? Décryptage. 

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© TBWA/Ameli

Des campagnes de communication obsolètes ? Et dans l'Hexagone, où la fameuse campagne "les antibiotiques c'est pas automatique" a été lancée tôt (dès 2002), la tendance semble même repartir à la hausse. Si la consommation d'antibiotiques a baissé de 10% entre 2000 et 2012, elle a progressé de 3% ces cinq dernières années, selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). La France reste ainsi reste le troisième plus gros consommateur européen du médicament, avec une consommation 30% supérieur à la moyenne européenne. Marisol Touraine a d'ailleurs annoncé lundi le lancement d'une nouvelle campagne sur internet à destination du grand public et des professionnels.

Une progression "très inquiétante". Une récente étude du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a également mis en évidence une prolifération de bactéries résistantes aux carbapénèmes, des antibiotiques utilisés en dernier recours pour traiter les infections nosocomiales, a annoncé son directeur, Marc Sprenger, lors d'une conférence de presse. Les taux de résistance ont ainsi augmenté entre 2009 et 2012 dans cinq pays de l'Union européenne (Espagne, Portugal, Italie, Grèce et Bulgarie), a-t-il précisé, jugeant cette évolution "très inquiétante".

Un (tout) début de progrès. Les campagnes publiques de sensibilisation contre l'usage incontrôlé des antibiotiques ont certes porté de premiers fruits avec, selon une dernière étude d'Eurobaromètre, un léger recul de la consommation humaine, a relevé le commissaire européen à la Santé, Tonio Borg. Mais le niveau reste élevé. Cette année, 35% des personnes interrogées ont encore déclaré avoir consommé des antibiotiques, contre 39% lors de la précédente étude, en 2009. Et en matière vétérinaire, beaucoup reste également à faire. Les bactéries devenues résistantes aux antibiotiques peuvent se transmettre de l'animal à l'homme par consommation ou par contact. Elles sont à l'origine de cas d'infections nosocomiales, des voies respiratoires, de méningites, de maladies diarrhéiques et d'infections sexuellement transmissibles.

Bandeau antibio

© Reuters

La France a un plan. La ministre de la Santé veut faire la guerre à la surconsommation. Marisol Touraine veut ainsi "développer les tests rapides de diagnostic" qui permettent de déterminer si une maladie est d'origine bactérienne ou bien virale, ce qui permet de justifier ou non la prescription d'antibiotiques. Le but d'une généralisation de ces "tests rapides d'orientation diagnostique (Trod)" est de "parvenir à une réduction importante des prescriptions inappropriées d'antibiotiques", comme par exemple pour des angines d'origine virale. La ministre a rappelé aussi que le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit d'expérimenter la délivrance de médicaments à l'unité.
bactérie, klebsiella, massy, hopital

© REUTERS

L'Europe aussi mais…  Dans le cadre du plan d'action lancé en 2011 par la Commission, quinze nouveaux projets de recherche sur la résistance microbienne vont aussi être mis en route, pour un montant de 91 millions d'euros, portant au total à près de 800 millions les fonds européens consacrés à la recherche dans ce domaine depuis une quinzaine d'années. Mais l'UE doit aussi faire face à la réticence des groupes pharmaceutiques à investir dans ces recherches, faute de rentabilité, a relevé la commissaire à la recherche, Maire Geoghegan-Quinn, plaidant pour des partenariats public-privé pour soutenir recherche et innovation.

Marisol Touraine a, enfin, annoncé son intention de proposer au niveau européen un "statut particulier pour les antibiotiques" qui s'inspirerait de l'actuel statut des médicaments orphelins. L'idée : favoriser le maintien sur le marché des "vieux antibiotiques". Peu rentables pour les firmes pharmaceutiques, elles feront moins pression pour les vendre. Et elles investiront également dans le développement de nouveaux produits antibactériens.

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