Anna : "si vous acceptez de livrer les noms de vos amis…"

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INTERVIEW E1 - Cette jeune fille russe a dénoncé un chantage à la naturalisation par des policiers des Yvelines.

"Comme dans un film". Anna a 18 ans, elle est étudiante en hypokhâgne. Une jeune fille brillante, dont les parents sont russes et qui rêve de devenir française. En juin dernier, elle a logiquement engagé des démarches pour obtenir sa naturalisation. C’est dans les locaux de l'hôtel de police de Viroflay, près de Versailles, que l’affaire aurait dérapé. "J'avais l'impression d'être comme dans un film, je n'arrivais pas à comprendre ce qui m'arrivait vraiment", confie aujourd’hui la jeune fille au micro d’Europe 1. Selon elle, les policiers lui auraient fait du chantage et auraient exigé qu’elle livre les noms de ces amis membres de la Manif pour tous, sous peine de bloquer sa demande de naturalisation. Le ministre de l'Intérieur va saisir l'Inspection générale de la police nationale.

En septembre 2013, quand elle se présente au commissariat, "je m'attendais à un interrogatoire normal, comme toute personne déposant ce type de dossier" de naturalisation, commence Anna. Mais "dès le début, les questions étaient très pressantes. 'Vous êtes de droite, je présume, puisque vous êtes dans un lycée catholique...' On m'a posé tout de suite des questions sur mes amis du lycée, des classes préparatoires, ce qu'ils faisaient, est-ce qu'ils participaient à la Manif pour tous... ", confie-t-elle. Deux heures au total d’un entretien fait de "questions extrêmement pressantes, extrêmement lourdes".

"Sauf si vous acceptez de nous aider". Le chantage, selon Anna, a commencé au détour d’une question. "Ils me disent : 'On n'a pas du tout envie de vous donner cette naturalisation, je pense que vous considérez la nationalité française comme étant un dû, je bloquerai votre dossier...' Il a commencé à proférer des menaces qui m'ont scotchées sur mon siège : mettre un avis défavorable sur mon dossier qui fera que je n'aurais jamais cette nationalité, que ça prendra beaucoup de temps, peu importe mon avocat...". Sauf, sauf… "Sauf si vous acceptez de nous aider, de travailler pour nous, de nous livrer les noms des personnes de votre entourage qui participent à la Manif pour tous", auraient glissé les policiers, selon les dires d’Anna.

Sa "mission". La jeune fille se serait vue alors confier une mission : "livrer les noms de mes amis, de tous ceux qui ont participé à la Manif pour tous, de ceux qui ont fait passer les textos, comment on est au courant de la Manif pour tous". Anna accepte, "l’esprit embrouillé", avec la promesse de n’en parler à personne.

Deux semaines plus tard, la jeune fille doit se rendre à une mobilisation des Veilleurs, les militants anti-mariage gay qui sont restés mobilisés y compris après le vote de la loi. Il était alors convenu "qu’elle leur fasse signe dans la foule, qu'on se rencontre et que je leur fasse un rapport sur ces Veilleurs." Et la jeune fille de préciser : les policiers "m'ont dit qu'ils respectaient les méthodes du KGB, qu'ils pouvaient me surveiller grâce à mon portable et mon pass Navigo".

La jeune fille craque. En sortant du commissariat, "j'ai appelé ma mère : j'ai craqué, j'ai pleuré", raconte Anna. C’est grâce à une amie et à ses connaissances que la jeune fille a fini par alerter la Préfecture. Le jour de la manifestation des Veilleurs, elle dit avoir reçu "5 appels en absence, dont un avec une sirène en police en message vocal". Aujourd’hui, la jeune fille ne veut que deux choses : "qu'on redresse certains torts" et "mes papiers".

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