Amiens-Nord, une "zone de non-droit" ?

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Amiens-Nord, une "zone de non-droit" ?
Les policiers estiment que leur travail est de plus en plus compliqué dans le quartier nord d'Amiens.@ MAXPPP
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Les policiers estiment que leur travail est de plus en plus compliqué dans ce quartier.

C'est un quartier où "quelques bandes jouent aux voyous", selon le maire d'Amiens, Gilles Demailly. Les incidents survenus à Amiens-Nord depuis le début du mois d'août, et particulièrement la nuit de violences de lundi, ne semblent pas étonner les acteurs de la vie du quartier.

Cette zone connaît des "incidents depuis plus de 20 ans", mais "il y a une graduation dans ces incidents depuis au moins deux ans", explique ainsi le maire de la ville. Selon Gilles Demailly, Amiens-Nord est même devenu "une zone de non-droit". "C'est une zone où on ne peut plus commander une pizza, où on ne peut plus faire venir un médecin. J'ai indiqué au préfet il y a plusieurs mois qu'on en était à la limite", ajoute-t-il.

"C'est un sac de noeuds, ce quartier"

"C'est un sac de nœuds, ce quartier", juge pour sa part Vincent Aguano, responsable d'une association amiénoise. Selon lui, le climat des derniers mois est dû à une "incompréhension entre la population et les institutions". "La violence, elle est permanente, elle est quotidienne, physique, mais aussi institutionnelle", assure-t-il. "Il n'y a rien de surprenant à ce que ça explose. Petit à petit, ça monte, c'est de plus en plus violent, tendu, avec les contrôles de police et les cars de CRS qui débarquent", commente encore ce responsable associatif.

Et du côté des forces de l'ordre, cette tension est aussi subie. "Travailler dans le quartier nord d'Amiens est devenu très compliqué. La police n'est pas la bienvenue dans ce quartier. Et pour les policiers, en plus d'être difficile, c'est devenu dangereux", assure sur Europe 1 Michaël Vandevelde, secrétaire général adjoint du syndicat de police SNOP-SCSI.

"Ce week-end on est passé un cran au-dessus"

"Le quartier nord est fréquemment sujet à des violences urbaines, mais on restait au stade des incendies de véhicules, de feux de poubelles. Il y avait aussi des heurts avec les forces de l'ordre, mais ce week-end on est carrément passé un cran au-dessus et ça n'est pas acceptable. Tirer à la chevrotine sur la police, de mémoire, c'est la première fois que ça arrive à Amiens", dénonce le policier.

Classé en zone de sécurité prioritaire par le gouvernement, Amiens devrait obtenir des moyens supplémentaires pour faire revenir l'ordre dans le quartier. "Nous avons besoin de moyens exceptionnels dans ce quartier", fait valoir Gilles Demailly. "Il y a un travail en profondeur à faire pour changer les relations entre la police et la population. Il ne faut pas faire venir des CRS quand il y a des incidents, mais avoir des forces de sécurité en permanence", conclut-il.