Agression à la SNCF : les cheminots inquiets

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Agression à la SNCF : les cheminots inquiets
@ Max PPP
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Après l'agression de leur confrère, ils demandent un renforcement des dispositifs de sécurité.

"Aujourd’hui, l’émotion est forte. Les agents ne se sentent plus en capacité d’assurer leurs missions". Les cheminots ont réagi avec une vive émotion à l'agression de leur confrère jeudi matin, dans un train Corail de la ligne Lyon-Strasbourg. De manière spontanée, ils ont fait usage de leur droit de retrait, provoquant une paralysie du trafic sur l'ensemble du territoire. Le signe d'un ras-le-bol profond.

C'est "l'agression de trop"

Stéphane Boulade, du syndicat de cheminot Sud-Rail, témoigne au micro d'Europe 1 de "sa forte inquiétude". "Il y a de la solidarité, il y a de la peur, il y a de l'émotion, de la colère. C'est un mélange de tout ça actuellement chez les contrôleurs, d’où qu'ils soient. C'est toute la profession qui se sent agressée aujourd'hui". La CFDT Cheminots évoque, pour sa part, un "problème récurrent de sûreté" à bord des trains.

La Fédération CGT des cheminots a, quant à elle, dénoncé une "période où les seuls objectifs financiers poussent à la déshumanisation des gares et des trains". Thomas Joussant, responsable des contrôleurs CGT, a appelé sur Europe 1 à "comprendre le malaise du métier de contrôleur", un métier "qui est altéré dans son exercice par une politique de productivité". Selon lui, la violence à bord des trains revêt des formes différentes, avec de la "violence physique" mais aussi "des mots blessants, gratuits à l'égard du contrôleur".

Plus de moyens humains

Conséquence directe, Sud-Rail réclame davantage de moyens humains, pour assurer la sécurité dans les trains. "On ne peut plus, sur certains axes sensibles, certains trains se soirée ou d'extrême soirée, contrôler seul. On attend des réponses de la part de l'entreprise, on espère qu'elles vont venir vites", a commenté Stéphane Boulade.

"Les conditions dans lesquelles cette agression s’est déroulée démontrent à quel point les contrôleurs de la SNCF sont vulnérables face à une montée en puissance de la violence et du sentiment d’impunité chez les fraudeurs", a ajouté dans un communiqué le syndicat First (Fédération indépendante du Rail et des Syndicats des Transports).

La SNCF met en avant les mesures déjà prises

Si Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, reconnaît "la violence" de l'agression, il conseille malgré tout aux cheminots de faire la part des choses. "L’agression d’aujourd’hui est une agression inouïe, qui est une agression d’un déséquilibré qui aurait pu intervenir ailleurs, dans la rue, dans un centre commercial". Le patron de la SNCF demande donc aux personnels de mettre fin à leur mouvement. "On est une entreprise de service public. Moi, je ne crois pas que le fait de pénaliser d’autres voyageurs parce qu’un fou a agressé l’un de nos contrôleurs améliore les choses", a-t-il réagi.

Et la direction de la SNCF de mettre en avant les mesures déjà prises. 300 agents de la police ferroviaire viennent d'être embauchés pour grossir les rangs. L'installation de près de 8.000 caméras dans les gares est prévue dans les deux ans qui viennent et un numéro d'urgence, le 3117, a été mis en place pour permettre aux voyageurs de demander de l'aide lorsqu'ils sont victimes ou témoins d'une agression.

"Arrêter les trains n'est pas la réponse appropriée", commenté de son côté Thierry Mariani, le ministre des Transports. "Je regrette que des passagers qui n'ont rien à voir avec cet événement dramatique se retrouvent victimes de l'action d'un déséquilibré que personne n'approuve", a-t-il ajouté.

Retrait de dépôt jusqu'à vendredi

Pour autant, les syndicats ne comptent pas arrêter le mouvement "tant que la direction n'a pas proposé de solutions concrètes pour résoudre les problèmes de sécurité", a menacé le secrétaire fédéral de FO Cheminots, Gilles de François, contacté par 20Minutes. Plusieurs assemblée générales sont prévues vendredi à l'initiative des syndicats de cheminots. Le mouvement devrait se poursuivre au moins jusqu'à vendredi 14h00. "Mais ça n’est pas une grève, c’est un droit de retrait. C’est individuel, il est donc compliqué d’avoir une vision sur la suite du mouvement", a prévenu le secrétaire fédéral de FO.