Agnès : un lycée sous le feu des critiques

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Agnès : un lycée sous le feu des critiques
Un responsable du Collège cévenol, Albert Munoz, a reconnu face à la presse que la direction savait que le lycéen avait fait un séjour de 4 mois en prison.@ MAX PPP
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ENQUETE - Des parents jugent "laxiste" le lycée où Agnès et le suspect étaient scolarisés.

La direction du collège-lycée Cévenol, l'établissement du Chambon-sur-Lignon, où Agnès et son meurtrier présumé étaient tous deux scolarisés, a relancé la polémique sur ce drame dimanche en affirmant qu'elle ignorait que le lycéen qui a avoué les faits avait été déjà impliqué dans une affaire de viol en 2010. Une version des faits critiquée par le père de la victime et par le procureur de la République. Europe 1 a enquêté sur ce collège-lycée qui se retrouve aujourd'hui, malgré lui, sous les projecteurs accusé par certains parents de "laxisme".

"Il n'y a aucune autorité"

Le collège-lycée Cévenol est un lycée qui cultive sa différence. L'établissement met par exemple en avant la liberté dont jouissent les élèves sur place. Ici, il n'y a pas de murs, aiment à répéter ses responsables, ce qui est vrai au sens propre comme au sens figuré. Mais selon certains parents, cela s'apparente à du laxisme.

"Il n'y a aucune autorité dans cet établissement. Mon fils a été passé à tabac dans la fameuse forêt par plusieurs jeunes. Il était par terre. On lui donnait des coups de pieds, des coups de poings", raconte cette mère de famille qui a, depuis, retiré son fils de l'établissement. "Pensez-vous que j'en aurais été informée ? Non. Il n'y a rien eu de fait. Les jeunes sont trop livrés à eux-mêmes. Il n'y a pas d'encadrement. (…). Il y avait un trop grand laxisme de la part de cet établissement", accuse-t-elle aujourd'hui au micro d'Europe 1.

Dimanche soir, plusieurs parents ont ramené leurs enfants externes au Chambon-sur-Lignon. "On s'est dit que si ses camarades ne rentraient pas, on ne serait pas rentrés ce soir", a expliqué à Europe 1 la mère d'un élève. Une autre ne sait pas si sa fille voudra rester dans le collège. "Elle adore l'enseignement qui est donné ici mais elle est très partagée", a-t-elle raconté, avant d'ajouter : "on va en discuter, on attend des réponses".

Ouverture et tolérance

Ouverture, tolérance, ce sont les autres valeurs mises en avant dans cet établissement protestant, où l'on se targue de donner une deuxième chance aux enfants. L'histoire du collège Cévenol débute en 1938, avec la création de l'établissement par deux pasteurs, souligne L'Est républicain. Pendant la guerre, des dizaines d'enfants juifs ont trouvé refuge au Chambon-sur-Lignon et ont été scolarisés au collège, qui se dit, à en croire son site Internet, "héritier de la réforme, marqué par les traditions locales de la résistance à toutes formes d'oppression". "De la différence de chacun, créons une nouvelle richesse", peut-on également lire sur une brochure de présentation.

Après la guerre, le collège a pu se doter d'un véritable campus de seize hectares, situé à 1.000 mètres d'altitude. Parmi les anciens élèves de cet établissement privé sous contrat avec l'Etat depuis 1971, L'Est républicain recense notamment François Bayrou et José Bové, Laurent Wauquiez, dont la mère est maire du village du Chambon-sur-Lignon, le comédien Jérôme Savary ou encore le journaliste Guy Lagache.

Un tiers d'enfants de familles aisées

L'ouverture et la tolérance affichées se retrouvent dans le fonctionnement de l'établissement qui dit accueillir plus de trente nationalités différentes. Un tiers d'enfants issus de familles aisées, extérieures au département, y sont scolarisés, moyennant 12.000 euros par an pour la scolarité et l'internat, ce qui finance la présence des deux autres tiers, composés des élèves du Chambon-sur-Lignon ou des alentours, qui eux ne paient que 500 euros par an.