Affaire Nelly Haderer : le jour où tout a changé

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Affaire Nelly Haderer : le jour où tout a changé
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COUP DE THÉÂTRE - L'ADN du principal suspect de l'affaire, acquitté en 2008, a été identifié sur une tache de sang retrouvée sur le jean de la victime.

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ADN. Le 31 janvier 1987, le corps de Nelly Haderer est découvert dans une décharge, à Rosières-aux-Salines, à côté de Nancy. La jeune mère de 22 ans a été tuée de deux coups de carabine 22 Long riffles et son corps découpé en morceaux. Très vite, les enquêteurs pensent tenir un suspect : un maçon du nom de Jacques Maire. 27 plus tard, après trois procès, deux condamnations puis un acquittement définitif en 2008, le l'homme se retrouve une nouvelle fois à la place du principal suspect. Cette fois, c'est l'ADN qui le désigne mais pour la justice, la chose est jugée.

La "bombe". C'est une bombe lâchée par l'Est Républicain mercredi puis confirmé par Me Pierre André Babel jeudi. Selon l'avocat des parties civiles dans l'affaire du meurtre de Nelly Haderer, de l'ADN de Jacques Maire a bien été retrouvé dans un échantillon de sang isolé sur le jean de la victime. Ces résultats proviennent d'une expertise ordonnée en 2011 après la réouverture dans ce dossier d'une information judiciaire contre X deux ans plus tôt. La famille de la victime avait alors demandé la comparaison de ces traces ADN avec le profil de plusieurs suspects, parmi lesquels Jacques Maire, mais aussi le tueur en série Francis Heaulme.

>> INFO - Meurtre de Nelly Haderer : l'ADN désigne le suspect acquitté

La réponse du parquet. A la suite de cette annonce, le parquet de Nancy a déploré une violation du secret de l'instruction dans un communiqué.  Dans ce texte, le procureur a souligné que l'enquête se poursuivrait dans "les limites" de la loi.  Et celle-ci interdit un nouveau procès de Jacques Maire, du fait de son acquittement définitif en 2008.

La réplique. "Je n'y crois absolument pas", a d'abord réagi jeudi l'une des avocates de Jacques Maire, Me Liliane Glock, qui n'a toutefois pas accès au dossier. "Après son acquittement, il avait lui-même demandé qu'on exploite les éventuelles traces d'ADN pour prouver son innocence", a-t-elle ensuite rappelé.

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Me Alexandre Bouthier, un autre conseil de Jacques Maire, s'est quant à lui fait plus offensif au micro d'Europe 1. "Dans cette affaire extraordinaire, les scellés ont été égarés pendant de nombreuses années. Nous les avons tous retrouvés dans un carton", a-t-il assuré. "Il y a donc un problème de conservation de ces scellés et la défense de Jacques Maire pense immédiatement à une contamination possible", a-t-il poursuivi avant de préciser sa pensée : "avec la finesse des analyses ADN aujourd'hui, il peut y avoir un transfert d'éléments organiques qui a très bien pu se faire lors des conservations tout à fait critiquables des scellés".

Une possibilité balayée au micro d'Europe 1 par la partie adverse : "au regard de la configuration des expertises et de la qualité de la tâche de sang qui a été retrouvée, il est impossible que cela soit un mélange ou que l'on ait retrouvé cet ADN par parasitisme. Ce serait totalement illusoire", a contesté Me Pierre André Babel pour qui "cette situation ne peut pas résulter d'une manipulation des scellés". 

Le dégout. Les frères de Nelly Haderer, Bruno et Fabien, se sont dits "dégoûtés" par la justice, souhaitant que Jacques Maire "s'explique". "Qu'il dise carrément que c'est lui, puisqu'il ne risque plus rien!", a lancé Fabien Haderer devant des journalistes.

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"Je maintiens que je suis innocent". Jacques Maire aurait pu choisir de ne rien dire. Mais l'homme que l'ADN incrimine a décidé de réagir très vite, lors d'un point presse organisé par son avocate. "Je n'ai rien à cacher, rien à me reprocher" a-t-il affirmé en assurant qu'il ne connaissait pas Nelly Haderer et qu'il ne l'avait "jamais vue". "Je maintiens que je suis innocent", a-t-il assuré. "Moi aussi, je veux savoir qui est le coupable", a-t-il indiqué, rappelant qu'il avait fait 28 mois de prison dans cette affaire, et qu'il avait "toujours demandé" que l'on procède aux analyses ADN. A la question de savoir s'il était prêt, si la loi changeait, à se représenter devant un tribunal en dépit de son acquittement définitif dans ce dossier, il a répondu: "S'il le faut, pourquoi pas?" "S'il faut continuer l'affaire, elle continuera", a-t-il remarqué.

>> LA RÉACTION - Jacques Maire redit son innocence 

Le débat. Le code de procédure pénale doit-il être remis en cause ? C'est la question que pose ce dossier. La cour d’assises de Meurthe-et-Moselle ayant définitivement acquitté Jacques Maire en octobre 2008, ce dernier ne peut plus être inquiété dans ce jugement. La loi française ne permet pas donc pas que des victimes ou leurs familles puissent introduire un recours en révision. C'est le principe dit de "l’autorité de la chose jugée".

- L'avocat des parties civiles, Me Pierre André Babel, l'a comparé jeudi, au micro d'Europe 1, à "un mur juridique", "une catastrophe" pour la famille de la victime qui "se retrouve dans le pire cas de figure" possible dans ce dossier puisque Jacques Maire "ne peut même pas être réentendu pour ces faits". La position du code de procédure pénale est clair, mais on va tout faire pour que les choses changent", a-t-il assuré."On est en train de réfléchir à toutes les éventualités pour que d'un point de vue pénal une possibilité reste ouverte à la famille. Mais en l'état, ce n'est pas possible", a indiqué l'avocat."On envisage donc toutes les possibilités pour essayer de trouver une solution à ce cas unique dans la justice française", a-t-il encore précisé.

- Philippe Bilger, magistrat honoraire, avait également remis en cause cette notion plus tôt jeudi au micro d'Europe 1.



Philippe Bilger réagit à l'affaire Nelly Hadererpar Europe1fr

"On n’hésite à le remettre en question et à envisager des modifications très importantes en faveur des accusés", avait-t-il estimé. "Je ne vois pas au nom de quoi on n’accepterait pas des modifications nécessaires en faveur des victimes, alors qu’en permanence on les accepte en faveur des accusés et des coupables", a poursuivi l'ancien avocat général.

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