Affaire Merah : une enquête est ouverte

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Affaire Merah : une enquête est ouverte
Au lendemain de la diffusion d'enregistrements de Mohamed Merah, de nombreuses questions restent en suspend.@ Capture écran
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La "fuite" des enregistrements, diffusés par TF1, pose de nombreuses questions.

La diffusion de l'enregistrement des négociations entre le Raid et Mohamed Merah, l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban, pendant le siège de son appartement les 21 et 22 mars dernier, a scandalisé aussi bien les autorités que les familles des victimes. Europe1.fr fait le point sur ce que l'on sait de ces enregistrements.

toulouse, quartier de la côte pavée

© MAXPPP

Qui a enregistré ces conversations ? Les policiers ont enregistré tous les échanges qu'ils ont eus avec Mohamed Merah. Ces enregistrements devaient servir de pièces à conviction pour un éventuel procès - puisque le Raid avait l'ordre de capturer Mohamed Merah vivant, pour qu'il soit jugé.

Comment TF1 a pu récupérer de tels enregistrements ? Sur sept heures de négociations, TF1 affirme en avoir récupéré 4h30.La chaîne n'a pas dévoilé comment elle a obtenu les documents mais un avocat d'un proche des victimes de Mohamed Merah a soupçonné lundi un service de police d'avoir fait fuiter les enregistrements.

L'avocat a noté que ces enregistrements n'avaient toujours pas été versés au dossier d'instruction et n'avaient donc pas été transmis aux avocats. "Cet enregistrement (...) n'est actuellement physiquement sur son support détenu que par la police scientifique (...) et par les services en charge de l'enquête", c'est-à-dire la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et la Sous-direction antiterroriste (SDAT), a déclaré Me Tamalet. "Est-ce qu'on ne peut pas légitimement, en tout cas c'est le cas pour les familles des victimes, s'interroger et se demander si c'est la DCRI, la SDAT ou le laboratoire de police scientifique qui a eu à un moment ou un autre intérêt (...) à transmettre la copie à la presse", a-t-il dit.

A qui Merah a-t-il parlé ? Pendant les 32 heures qu'a duré le siège de son appartement à Toulouse, Mohamed Merah a beaucoup parlé avec les négociateurs du Raid. D'abord en criant par la fenêtre, puis les policiers lui ont fait parvenir un talkie-walkie : ils ont déposé l'appareil sur le balcon de son appartement, en échange de l'une des armes de Merah - un colt 45. Mohamed Merah a très rapidement demandé à parler à un policier en particulier : Hassan, un homme de la DCRI en poste à Toulouse, qui l'avait interrogé quelques mois plus tôt à son retour du Pakistan

23.03 Mohamed Merah Toulouse. 930620

© MAX PPP

Que dit Merah ? Merah tutoie le policier et se moque de lui car il a réussi à lui faire croire qu'il s'était rendu au Pakistan pour faire du tourisme. Il lui annonce même qu'il avait l'intention de l'attirer dans un piège pour le tuer d'une balle dans la tête. Le jeune homme se vante d'ailleurs d'avoir trompé tout le monde dans son entourage - notamment en se créant un look qui ne laissait pas présager qu'il faisait partie d'Al-Qaïda, assure-t-il.

Mohamed Merah raconte encore ses contacts avec Al-Qaïda et décrit les nouvelles actions qu'il envisageait de mener. Le jeune homme se laisse même aller à quelques blagues : il explique, par exemple, amusé qu'il ne peut faire cuire son repas car son micro-ondes est criblé de balles.

Qu'apprend-on sur l'affaire en elle-même ? Ce que dit Mohamed Merah était globalement connu depuis quelques temps, raconté par les enquêteurs mais aussi par deux journalistes de L'Express, qui ont également vu les vidéos des tueries tournées par Merah lui-même. Le vrai scoop est en fait la voix de Mohamed Merah : c'est la première fois que l'on entend le tueur de Toulouse.

merah, toulouse

© MAXPPP

Que disent les autorités ? Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, note que l'enregistrement réalisé durant le siège par la police n'avait "jamais été rendu public". "Il convient donc de s'interroger sur les moyens par lesquels le diffuseur a pu se procurer ledit enregistrement", poursuit-il. Le ministère de l'Intérieur a ouvert une enquête administrative, confiée à l'IGPN, la police des polices, notamment pour vérifier si ces enregistrements ont été fournis par des policiers. Le parquet de Paris a de son côté ouvert une autre enquête pour violation du secret de l'instruction.