Affaire Mahé : le général Poncet persiste

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Affaire Mahé : le général Poncet persiste
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Il a nié à l’audience avoir donné l’ordre entraînant la mort de Firmin Mahé en Côte d’Ivoire en 2005.

C’était un face à face très attendu, entre deux hauts gradés de l’armée française, anciens frères d’armes en Côte d’Ivoire. Le général Poncet, ex-commandant de la force Licorne en Côte d'Ivoire, a réfuté mardi devant la cour d’assises de Paris avoir donné l’ordre au colonel Burgaud de tuer Firmin Mahé. Le colonel est jugé avec trois autres militaires pour le meurtre d’un présumé bandit de grand chemin en Côte d’Ivoire, en 2005.

"Je n’ai jamais tenu ce propos"

Chef de corps à l'époque des faits, le colonel Eric Burgaud a lui reconnu avoir transmis à ses hommes l'ordre que leur prisonnier, conduit dans un blindé de l’armée française, n'arrive pas vivant à destination. Selon lui, cet ordre lui avait été donné implicitement par le général Poncet, qui lui aurait dit: "roulez doucement... vous m'avez compris".

Sodats français Licorne Abidjan

© REUTERS

A la barre, le général Poncet, qui a déjà bénéficié d’un non-lieu définitif dans cette affaire, a formellement nié cette version des faits.  "Je n'ai jamais tenu ces propos, Monsieur le président", a assuré le général, aujourd’hui à la retraite.

Le général regrette un "décrochage"

Le général Poncet a précisé mardi qu'il n'avait aucun intérêt à ce que Firmin Mahé arrive mort, au contraire. Selon lui, le maintien en vie de cet homme lui aurait permis de faire avancer des discussions entamées depuis fin 2004 auprès de l'ONU pour obtenir un cadre juridique et des moyens adaptés à la lutte contre le banditisme.

Pour le général, le colonel Burgaud a sans doute souffert d'un "décrochage du sens moral", lié "au stress de la mission", "au désarroi", à "l'empathie avec la population".

Pour Burgaud, son ancien supérieur se défile

Ces propos qui ont suscité une colère contenue chez le colonel Eric Burgaud. "Je ne savais pas avoir été commandé par un psychiatre, je pensais avoir été commandé par un chef, je m'aperçois que ce n'est pas le cas", a-t-il déploré pour sa part.

"J'affirme devant vous que le général Poncet ici présent m'a bien donné l'ordre dont j'assume la totale responsabilité de l'avoir transmis, moi, mais pas cet homme-là", a-t-il ajouté.

"Il n’a pas eu la dignité d’assumer"

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Pour Me Alexis Gublin, l’avocat d’Eric Burgaud, l’attitude du général Poncet est plus que décevante. "Il n’a pas eu la dignité d’assumer, de montrer qu’il était le chef, et que le chef, quoi qu’il arrive, est toujours aux côtés de ses subordonnés", a-t-il fait valoir au micro d’Europe 1.

"Aujourd’hui, il a montré qu’il laissait ses subordonnés se débrouiller tout seul devant la cour d’assises alors qu’ils encourent une peine de 30 ans de réclusion", a argué l’avocat. Avant de conclure : "ce n’est pas ce qui rend digne, honnête et grand un homme, et encore moins un officier général".