Affaire Boulin : nouvelle demande d'enquête

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Affaire Boulin : nouvelle demande d'enquête
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Alors qu'un proche dit vouloir parler, la fille de l'ex-ministre a écrit à la Garde des Sceaux.

L'affaire. Il sait des choses et voudrait parler à un juge d'instruction. Bernard Fonfrède, aujourd'hui âgé de 66 ans, fut dans les années 1970 l'assistant parlementaire du suppléant de Robert Boulin à l'Assemblée nationale. C'est lui qui a été chargé de détruire les courriers personnels du ministre du Travail après sa mort fin 1979. Suicide ou assassinat ? 34 ans après, il se dit prêt à accepter enfin de révéler une partie du contenu de ces lettres. Pour la fille de l'ancien ministre, son témoignage justifie la réouverture de l'enquête. Fabienne Boulin-Burgeat a écrit à Christiane Taubira.

>> A REECOUTER - L'affaire Boulin vue par Franck Ferrand

Robert Boulin photographié dans les années 1970. 630420

© MAX PPP

Des courriers gênants. Bernard Fonfrède raconte, dans les colonnes de Sud Ouest et sur France Inter, comment, quelques semaines après la mort de Robert Boulin, deux camions contenant les archives personnelles du ministre ont été envoyés à sa permanence de Libourne, en Gironde. "J’ignore pourquoi et sur ordre de qui. Elles ont été entreposées dans sa permanence fermée à clef", détaille-t-il. Gérard César, le suppléant de Boulin pour qui travaillait Bernard Fonfrède, lui aurait alors ordonné de détruire les documents : "selon lui, c’était la volonté de la famille parce qu’il fallait vider la maison", ajoute Fonfrède.

L'homme procède donc à la destruction des lettres, mais sous l'étroite surveillance de "membres du SAC" (le service d'action civique, une sorte de police parallèle dévouée au début au Général De Gaulle puis à ses successeurs ndlr). Bernard Fonfrède prend malgré tout la peine de lire certaines lettres. Selon lui, leur contenu est édifiant.

Les révélations. Mis en cause dans une affaire immobilière, Robert Boulin avait laissé entendre qu'il disposait de documents compromettants pour la classe politique, et notamment pour le RPR de l'époque. Le ministre du Travail assurait ainsi qu'il pouvait prouver le financement occulte du parti de Jacques Chirac. "Il évoquait auprès de ses correspondants le financement de la droite et de la gauche par Elf Gabon. Aujourd’hui, c’est un secret de polichinelle dans le financement des partis. Mais à l’époque, c’était la loi du silence sur ces fonds occultes", assure Bernard Fonfrède. "Selon moi, certaines de ces lettres étaient peut-être écrites à ses amis franc-maçons car elles étaient signées 'fraternellement'", poursuit-il

Bernard Fonfrède se souvient également de courriers dans lesquels le ministre Boulin disait se sentir menacé. "Sur une des lettres, il avait écrit 'le Grand veut ma peau', j’en garde un souvenir très précis. Selon moi, cela pouvait vouloir dire qu’on voulait le tuer politiquement", explique-t-il encore.

La requête. Après ces révélations, la fille de Robert Boulin a écrit à Christiane Taubira pour lui demander la réouverture de l'enquête sur la mort de son père. "L'ouverture d'une nouvelle information judiciaire sur la base de l'ensemble des faits nouveaux découverts postérieurement à l'ordonnance de non-lieu s'impose toujours", écrit Fabienne Boulin-Burgeat qui a fait de cette enquête le combat de sa vie. "Jugerez-vous à votre tour inopportun de faire la vérité sur l'affaire Boulin ? Ou bien conviendrez-vous avec moi et tous ceux qui s'indignent de la manière inacceptable dont ce dossier a été traité qu'il est grand temps que la justice fasse son œuvre ? La vérité peut encore être établie, mais le temps presse", conclut-elle.

>> Fabienne Boulin : "Il y a eu mensonge d'état"