AF 447 : les familles accusent Airbus

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AF 447 : les familles accusent Airbus
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Le rapport judiciaire pointe des responsabilités multiples, rejoignant le rapport du BEA.

Après un premier rapport rendu public le 5 juillet par le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA), les familles des victimes du crash de l’avion AF 447 Rio - Paris attendaient avec l’impatience un autre document : le rapport d'expertise judiciaire, censé être plus impartial car rédigé par des inspecteurs extérieurs au monde de l’aviation.

Ce nouveau rapport, que seules les familles des victimes ont pu consulter, détaille une conjonction de facteurs : des défaillances techniques, des procédures inadaptées, des erreurs humaines et une météo houleuse. Mais la chaîne de causalité de l’accident est limpide pour les familles de victimes : en raison des erreurs d’Airbus et d’Air France, l’équipage n’avait presque aucune chance de redresser la situation.

Une "responsabilité de plus en plus énorme"

Le rapport pointe notamment une perte de données due au givrage des sondes Pitot, une procédure inadaptée dans ce cas, mais également une absence de réaction appropriée de l'équipage ou encore un manque de suivi des incidents depuis 2004.

"Il n'y a pas de torts partagés, il y a une responsabilité qui apparaît de plus en plus énorme de l'avionneur, c'est-à-dire Airbus, et également d'Air France", a accusé Me Alain Jakubowicz, avocat de l'association Entraide et solidarité AF447, en marge de la présentation à huis clos au palais de justice de Paris de ce rapport de 356 pages. "Les quelques points qui pourraient incriminer l'équipage sont la conséquence de cela et non pas la cause", a-t-il estimé.

"En première ligne la conception de l'appareil"

"Aujourd'hui, on passe un stade clair dans la procédure judiciaire", a estimé pour sa part un autre avocat, Me Sébastien Busy. "On vient nous expliquer clairement l'échelle des responsabilités et en première ligne la conception de l'appareil."

"Les pilotes sont face à un appareil atteint d'un accident vasculaire cérébral qui leur donnait des informations totalement contradictoires qu'ils n'arrivaient pas à analyser et traiter", a-t-il encore estimé, tablant sur "un procès pénal dans les années à venir".

L’étrange silence de l'Agence européenne Aesa

Autre cible privilégié des avocats des familles : l'Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) et son "silence quelque peu mystérieux". L'AESA "se défausse systématiquement aux demandes du juge d'instruction et refuse de répondre aux questions. Plus précisément, l'agence demande à avoir la liste des questions pour savoir auxquelles ils vont répondre", a ainsi pointé Me Sébastien Busy.

Selon un autre avocat présent à cette réunion, la juge Sylvia Zimmermann a dit qu'elle préparait "une réponse atomique" à ce refus de l'AESA de répondre aux demandes de la justice.

L'accident d'un Airbus A330 d'Air France, qui s'était abîmé dans l'océan Atlantique au large du Brésil, avait coûté la vie aux 228 passagers et membres d'équipage.