Ados tentés par le djihad : quels sont les signes avant-coureurs ?

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Ados tentés par le djihad  : quels sont les signes avant-coureurs ?
Photo d'illustration.@ Reuters
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INTERVIEW E1 - Dounia Bouzar, anthropologue des faits religieux, évoque le nouveau danger des jeunes Français tentés par la "guerre sainte".

SYRIE. Lundi, deux mineurs toulousains partis vers la Syrie pour y mener le djihad ont été récupérés à la frontière Turque. Au total, il serait 12. Douze mineurs français qui "se sont rendus en Syrie ou ont voulu s’y rendre", avait indiqué Manuel Valls, sur Europe 1, le 19 janvier. "Le phénomène s’est accéléré au cours de ces dernières semaines, depuis la fin de l’année 2013, puisque nous avons recensé six mineurs qui ont manifesté leur volonté de s’y rendre", avait alors précisé le ministre de l'Intérieur.

>> Comment réagir face à ce phénomène ? Comment prévenir la radicalisation des jeunes Français ?

 Dounia Bouzar, auteur du livre Désamorcer l'islam radical - Ces dérives sectaires qui défigurent l’Islam, ancienne chargée d'étude à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), nous donne les clefs, au micro d'Europe 1, pour mieux comprendre ce mal nouveau.

Combien de jeunes partent faire le djihad ? "Les autorités ne sont pas d'accord sur ce nombre. Quand on travaille sur ce sujet, on n'attend pas que les jeunes mettent en acte leur endoctrinement avec un passage en Syrie. On essaie de travailler quand ils sont en France. Depuis la sortie de mon livre, beaucoup de parents mettent des mots sur les difficultés qu'ils ressentent.  La difficulté, quand les familles ne sont pas de référence arabo-musulmane, c'est qu'elles ne réagissent pas toujours à temps, ne discernent pas toujours si c'est une simple conversion à l'islam ou un endoctrinement sectaire radical".

Quels sont les signes d'une telle radicalisation ? "Les signes sont très simples. Ils sont inquiétants dès que le discours religieux met le jeune en situation d'auto-exclusion et d'exclusion des autres : ne plus vouloir aller à l'école, dire que ça fait partie d'un monde en déclin, ne plus vouloir manger avec les autres, ne plus fréquenter ses anciens amis, se couper de tous ceux qui ont participé à sa socialisation comme l'instituteur, les copains, ou la famille. La rupture familiale est le dernier indicateur. Il ne s'agit pas de se dire qu'''il est trop musulman' mais de faire le bon diagnostic. Il faut comprendre qu'il y a un endoctrinement sectaire et ne pas banaliser cette rupture en croyant avoir affaire à une crise d'ado".

Comment les fondamentalistes réussissent à toucher les jeunes ? "99% de l'endoctrinement passe par internet. Les jeunes ne se rencontrent que lorsque l'endoctrinement a commencé. On leur dit qu'ils ne sont pas bien dans leur corps, qu'ils ont des échecs et des conflits familiaux. On leur dit que ce mal-être est un signe, celui que Dieu l'a élu pour faire partie d'un groupe supérieur qui va sauver le monde. On inverse ce sentiment de malaise en l'interprétant comme le signe d'une mission, en faisant de ce jeune un héros pour sauver le monde du déclin. Il y a ensuite toutes les techniques de dérive sectaire : perte d'identité, perte de contour identitaire, prendre l'identité du groupe, mimétisme, hypnose".



Fondamentalisme : "S'affoler dès qu'il y a...par Europe1fr

Est-ce un échec de la République de les voir se faire embrigader ? "Oui, clairement. Je ne parle pas d'échec mais si on ne se met pas autour d'une table pour travailler sur les indicateurs qui séparent de manière claire l'islam et le radicalisme... Les élus et les institutions doivent donner des grilles de lecture à la police, aux professeurs, aux parents. Il ne faut pas que les interlocuteurs des jeunes ne banalisent des comportements en les adjugeant à  l'islam mais qu'ils s'en alertent".

Les professeurs doivent-ils prendre les choses en main ? "Les professeurs doivent être formés. Arracher une affiche en disant que sa religion empêche de voir une silhouette humaine, ce n'est pas le produit d'une religion mais ça révèle quelque chose : il faut parler au jeune, comme s'il était non-musulman, s'intéresser à lui et lui faire remarquer que, non, ce n'est pas un produit religieux, ne pas valider ce qu'il dit comme si c'était de l'islam. C'est ce qu'on a tendance à faire".

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