Accouchement de l'A20 : la mère témoigne

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Accouchement de l'A20 : la mère témoigne
Le bébé est mort sur le trajet de la maternité
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TÉMOIGNAGE E1 - Elle se dit "indignée" par la politisation de la mort de son enfant samedi.

Béatrice est née prématurée, au terme de sept mois de grossesse, sur l'autoroute qui aurait dû la conduire jusqu'à la maternité de Brive, en Corrèze, dans la voiture parentale. Elle n'a survécu que "quelques minutes". Un drame personnel pour les parents de l'enfant, mais qui a relancé malgré eux la polémique sur les déserts médicaux, devenue débat national.

Alors que l'enquête administrative demandée par le président de la République suit son cours, la mère de l'enfant, Anne-Sophie Delestre, est revenue sur cet épisode dramatique dans une interview au Nouvel Observateur publiée mardi. Contactée par Europe 1, elle livre sa version des faits hors micro et en profite pour dire ses propres vérités.

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"Ma grossesse n'était pas à risques". Si Anne-Sophie Delestre a pu lire dans les médias qu'elle avait fait plusieurs fausses couches, la maman réfute : "c’était ma première grossesse et elle n’était pas 'à risques'".

"On m’avait juste recommandé de ne pas conduire et de ne pas porter de poids lourds parce que j’avais un léger décollement du placenta", précise-t-elle. Selon la jeune femme, la mort de sa petite fille de 7 mois, qu'elle avait choisi d'appeler Béatrice, était inévitable.

Pas d'erreur de l'obstétricien. Anne-Sophie Delestre tient à disculper son gynécologue. "Il n'y a pas de fautif", insiste-t-elle aupès d'Europe 1. Anne-Sophie Delestre assure en effet avoir "très bien été suivie" par son obstétricien de Figeac, dans le Lot : "un praticien reconnu, qui a 25 ans de métier". C'est donc en couple qu'elle a pris la décision de se rendre à la maternité de Brive-la-Gaillarde. Pourquoi ne pas avoir choisi une localité plus proche ? Simplement parce que tous les trajets prennent environ une heure, à dix minutes près, et que cette route "est plus facile".

"Le gynécologue a estimé que j’avais quatre heures devant moi pour arriver à Brive, ce qui est très large. On m’attendait là-bas", précise la jeune femme. Cette dernière est donc partie de chez son gynécologue dans le but d'arrêter les contractions, afin de garder le bébé en vie. Sauf que l'enfant est arrivé plus rapidement que prévu. Et elle insiste : "C'était imprévisible, un prématuré, ça vient au monde plus vite des fois, c'est ce qui nous est arrivé", raconte aujourd'hui Anne-Sophie Delestre, avec tristesse mais lucidité.

Reste l'indignation. "De la récupération politique ? Il n'y a eu que ça ce week-end. On a parlé que de désert médical en France alors qu'il n'y a pas eu une seule parole de compassion pour nous", regrette la jeune femme auprès d'Europe 1. Une remarque qui vise particulièrement Marisol Touraine, la ministre de la Santé qu'elle a tenté d'avoir au téléphone et à qui elle reproche d'avoir parlé trop vite après le drame.

Quant aux journalistes, "qui se sont pointés à la maison", elle se dit "choquée par les journaux à scandale", et leurs méthodes. Ainsi certains journalistes seraient venus "jusque dans les couloirs de l’hôpital à Cahors pour prendre des photos". "C’est inadmissible. C’est du voyeurisme. Profiter du drame des personnes, c’est inhumain", déplore-t-elle.

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Une autopsie avant le deuil. Après une période d'hospitalisation, Anne-Sophie Delestre est désormais rentrée au domicile conjugal. Le couple a demandé une autopsie et attend le corps de l'enfant pour l'inhumer. Une cérémonie dans l'intimité du couple : "je veux que la cérémonie se passe juste entre mon compagnon et moi. Nous ne voulons personne d'autre", confie la jeune maman.