Abou Siyad Al-Normandy, le cyber-djihadiste qui "regrette"

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Abou Siyad Al-Normandy, le cyber-djihadiste qui "regrette"
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JUSTICE - Il a été condamné mardi un an de prison ferme. Son image de cyber-djihadiste amateur n'a pas convaincu.

Il est le symbole de la lutte contre la propagande terroriste sur Internet. Mardi soir, Romain Letellier, plus connu sous le nom d'Abou Siyad al-Normandy, a été condamné à trois ans de prison, dont un an ferme. Le tribunal correctionnel de Paris l'a déclaré coupable d'apologie et de provocation au terrorisme. Il lui est reproché d'avoir participé au djihad médiatique en animant pendant plusieurs mois un site djihadiste où il avait diffusé une revue de propagande d'Al-Qaïda.

"La loi Letellier". Pour ces faits, ce jeune homme, âgé de 27 ans, avait été interpellé le 17 septembre 2013. Et placé en détention provisoire la foulée. Une première en France. La loi Valls, adoptée en décembre 2012 à la suite de l'affaire Merah, ouvre en effet la possibilité de placer en détention provisoire les mis en examen pour ces délits. Mardi soir, Me Thomas Klotz l'a rebaptisé "la loi Letellier", dénonçant une "condamnation pour l'exemple". L'avocat du prévenu a toutefois indiqué que son client ne devrait pas faire appel.  

Originaire d'une famille "athée et communiste". Mais comment ce jeune homme originaire de Normandie en est-il venu à une telle radicalisation ? "Depuis tout petit je suis croyant. C'est inné chez moi. Je croyais en une divinité. Mais je le refoulais", confie à l'audience Romain, longue barbe et cheveux noués en catogan. Pourtant, dans sa famille "athée et communiste", la religion n'est pas un sujet. C'est donc quand il s'est "un peu émancipé", à son entrée au lycée, que Romain Tellier a amorcé sa conversion à l'islam. "C'est un cheminement personnel. Au fur et à mesure, c'est apparu comme la vraie religion. Dans mes relations, au lycée, ce n'était pas tabou de parler de Dieu. Et ça m'a débloqué de parler de religion sans moquerie", raconte Romain Letellier aux juges.

L’immeuble d’Hérouville-Saint-Clair où Romain Letellier, soupçonné de propagande jihadiste, a été interpellé le 17 septembre 2013

© Max PPP

Une vie centrée autour d'Internet. Quatre ans plus tard, il se convertit à l'islam, "sans cérémonial". Son amour pour l'islam, c'est sur Internet qu'il le cultive. C'est d'ailleurs sur un site de rencontres pour musulmans qu'il rencontre sa première femme, une Tchétchène avec qui il se marie à l'âge de 25 ans, pour finalement divorcer quelques mois plus tard. Toujours sur le même site, il rencontre une Franco-marocaine, avec qui il est toujours actuellement.

On l'aura compris, la majeure partie de la vie d'Abou Siyad al-Normandy se cristallise désormais autour d'Internet. C'est donc tout logiquement qu'il s'inscrit sur Ansar Al-Haqq, le seul site français de propagande salafiste et djihadiste. Au départ, Romain Letellier le consultait seulement pour s'informer - le site répond en effet aux questions de nombreux croyants désireux de savoir comment "bien" pratiquer leur religion. Mais le profil du jeune homme plaît à l'émir du site qui le contacte pour lui proposer la modération du site. "J'avais un comportement assez neutre, modéré, je tempérais les choses", explique le jeune converti. Quelques mois plus tard, l'administrateur quitte le site et laisse à Abou Siyad Al-Normandy le soin de gérer son contenu.

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Il fait traduire une revue de propagande d'Al-Qaïda. C'est là qu'une vraie rupture se produit. En janvier et août 2013, Romain Letellier publie la quasi-intégralité d'Inspire, une revue de propagande d'Al-Qaïda, lancée en 2010. Publiée à l'origine en anglais cette revue a été traduite en français à la demande d'Abou Siyad al-Normandy, qui lui ne comprend pas l'anglais. Alors quand les juges lui demandent sur quels critères il décidait de traduire ces textes, le prévenu botte en touche. "Ça s’est présenté comme ça, il y avait des choses intéressantes à traduire. Je les choisissais en fonction des titres qui m'intéressaient. Je m'en suis tenu à mon devoir d'information", argumente Romain Letellier, sans vraiment convaincre les juges.

Mais pour les juges, ces explications ne suffisent pas. L'un d'entre eux cite en effet les nombreux messages constitutifs d'incitation au terrorisme piochés dans la revue Inspire. La procureure relève notamment les textes glorifiant les attentats du marathon de Boston en 2013. A toutes ces accusations, Abou Siyad al-Normandy n'apporte qu'une seule explication : "je ne savais pas", "je ne cautionne pas", "je désapprouve".

L'avocat de Romain Letellier, Me Thomas Klotz

© Capture d'écran

"Le traducteur m'a remis la revue, je n'avais pas le temps de relire. Je reconnais un concours d'erreurs sur erreurs. Mais mon but n'était pas d'inciter à commettre des attaques en France ou aux Etats-Unis", assure le prévenu qui reconnaît toutefois être d'accord avec certains messages de la revue, notamment concernant "la complaisance de la France envers les Américains". "Je regrette, si c'était à refaire, je ne le referai pas. Je n'essaie pas de dire que je ne suis pas responsable. Je reconnais ma responsabilité, je reconnais mes erreurs", assure-t-il.

Libéré dans les prochains mois. C'est notamment pour ces raisons, parce que son client assume sa responsabilité, que Me Thomas Klotz n'a pas plaidé la relaxe. Certain que son client "ne représente aucun danger", il a toutefois demandé une remise en liberté, qui a été refusée mardi soir. Mais, après déjà six mois derrière les barreaux, Romain Letellier devrait "très rapidement accessible à une mesure de libération conditionnelle", assure Me Klotz.

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